Don Quichotte

Chorégraphie : Rudolf Noureev

Distribution : Les Premiers danseurs, les Solistes et le Corps de Ballet du Théâtre La Scala de Milan

Musiques : Ludwig Minkus

Nicoletta Manni et Timofej Andrijashenko -ph-Brescia e Amisano

Le Théâtre La Scala de Milan a présenté comme dernier spectacle avant la pause estivale et sa tournée en Chine de septembre prochain, Don Quichotte de Rudolf Noureev.

Timofej Andrijashenko-ph.Brescia et Amisano

Si Don Quichotte a inspiré nombre de musiciens (Telemann, Massenet, Strauss, de Falla et Ravel notamment), c’est aussi un sujet qui a passionné  des chorégraphes. Déjà au XVIIIe siècle, Jean-Georges Noverre, père du « ballet d’action » – s’intéresse au roman de Cervantes : son Don Quichotte, représenté au Burgtheater de Vienne en 1767, s’inspire de l’épisode des noces de Gamache et est accompagné d’une musique de Starzer.

Mais c’est surtout en Russie – où travaillent les maîtres de ballet français invités des Théâtres Impériaux de Moscou et de Saint-Pétersbourg – que les ballets inspirés de Don Quichotte vont connaître le plus grand engouement.

En premier, Charles-Louis Didelot – élève du célèbre Auguste Vestris, en poste au Théâtre de Saint-Pétersbourg depuis dix ans – porte à la scène, en 1809, le Don Quichotte hérité de Noverre. Après lui, Marius Petipa – qui succède à Jules Perrot en 1862 à la tête du Ballet de Saint-Pétersbourg – s’attaque au sujet. Petipa écrit son scénario en se basant sur la tradition de l’intrigue amoureuse de Kitri et Basile. La musique en est confiée à Ludwig Minkus, chef d’orchestre et compositeur attitré des Théâtres Impériaux.

Le réel succès du ballet (donné pour la première fois le 14 décembre 1869 à Moscou) est dû à l’importance du déroulement de l’action : comme une pièce de théâtre, elle avait des personnages bien dessinés et des scènes bien ficelées. Toute la drôlerie venait des quiproquos que, soit Don Quichotte et Sancho, soit Kitri et Basile ne cessaient de provoquer. La chorégraphie en était « pleine de couleurs et de vigueur ». Deux ans plus tard, en 1871, Petipa reprenait le même thème et la même musique, mais cette fois-ci à Saint-Pétersbourg. Minkus eut la charge de changer certains passages et on modifia l’histoire : un cinquième acte et un prologue furent ajoutés, le personnage de Kitri devenait par moments Dulcinée, et la scène de la « vision » fut introduite. Cette séquence est devenue, depuis, le moment de poésie et de danse « classique » pure de l’ouvrage, notamment comme le sera plus tard l’Acte des Ombres de La Bayadère -1877.

Tout jeune (à 21 ans), Rudolf Noureev fut un brillant interprète de Basile au Kirov de Leningrad (redevenu aujourd’hui Théâtre Mariinski de Saint Saint-Pétersbourg).  Ce sera aussi, après avoir choisi de rester à l’Ouest en 1961, l’un de ses rôles fétiches qui met en valeur une autre facette du danseur/ comédien : son esprit malicieux et ses dons comiques. Puis, il remonte l’ouvrage entier, construisant une nouvelle chorégraphie d’après Marius Petipa, pour l’Opéra de Vienne en 1966, demandant à John Lanchbery de procéder à quelques arrangements de la musique de Minkus pour lui donner un caractère plus enjoué

La version de Noureev révèle avec plus d’évidence la façon dont le chorégraphe règle les grands mouvements sur scène : les numéros espagnols tourbillonnent autour de l’énorme place du village et forment une ingénieuse variété de configurations destinées à montrer les pas caractéristiques de l’Espagne.

Et les danseurs du Théâtre La Scala de Milan, avec leurs brillantes performances ne sont pas manqués au rendez-vous.

Dans les rôles principaux, Nicoletta Manni (Kitri) et Timofej Andrijashenko (Basile) ont dansé leur histoire d’amour mettant en avant toutes les nuances des caractères de leur personnages : séduisante et malicieuse la première, fidèle et un peu naïf le deuxième. A noter que le jeune premier danseur de La Scala a impressionné pour la qualité de sa technique remarquable dans les variations et sa présence sur scène.

Aussi la nouvelle première danseuse Martina Arduino en couple avec Marco Agostino ont su incarner la vivacité de l’esprit espagnol dans leur interprétation.

Et dans le deuxième acte, Nicoletta Manni (Dulcinée), Virna Toppi (La reine de Dryades) et Antonella Albano (Cupidon) ont réussi à créer pleinement l’atmosphère féerique du royaume des Dryades.

Cet incontournable joyau du répertoire, magistralement conçu par Rudolf Noureev, a touché encore une fois de par ses belles variations techniques qui côtoient les scènes burlesques prévues par l’argument.

Antonella Poli

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