Sylvia

Chorégraphie : Manuel Legris d'après Louis Mérante

Distribution : Wiener Staasballett

Musiques : Delibes

Ola Esina, Sylvia-ph.Ashely Taylor

Manuel Legris avec le Wiener Staasballett, puise dans la tradition de la danse française pour créer sa version de Sylvia. Ce ballet fut créé en Novembre 2018 au Wiener Staatsoper de Vienne et il a été repris pour quatre représentations ce mois de Septembre, toujours dans la capitale viennoise.

Sylvia fait partie du patrimoine historique de la danse classique et il marqua la période décadente française qui suivit celle où le ballet romantique s’imposa. Louis Mérante fut l’auteur de la chorégraphie, Jules Barbier et Jacques de Reinach écrivirent le livret. La milanaise Rita Sangalli fut la première Sylvia le 14 juin 1876 sur les scènes du nouvel Opéra, le Palais Garnier, qui avait été inauguré l’année précédente. Léo Delibes écrivit la musique, une partition très riche aux différentes couleurs sonores et aux changements rythmiques parfaitement écrits pour illustrer la dramaturgie du ballet. Le livret revient aux sources mythologiques. Diane, la chaste et farouche déesse, préside aux ébats de ses nymphes chasseresse. Malheur à celles qui se laissent séduire par des aimables mortels ! C’est pourtant ce qui arrive à Sylvia. Diane aurait pu se venger, comme on peut le croire tout au long du premier acte mais pour une fois elle se montre clémente et laissera Eros unir les deux amoureux, Sylvia et le berger Aminta.

La chorégraphie de Mérante fut ensuite remaniée par Léo Staats, Albert Aveline, Serge Lifar et une autre milanaise, Carlotta Zambelli, étoile de l’Opéra de Paris, qui reste parmi les interprètes les plus admirées dans le rôle principal de la version d’Aveline. D’un point de vue historique, Sylvia puise aussi ses racines dans la tradition de la littérature bucolique, notamment, elle s’inspire de l’œuvre théâtrale Aminta de l’écrivain italien Torquato Tasso (1573). L’argument raconte l’histoire d’amour entre la nymphe Sylvia et le berger Aminta.

Manuel Legris, directeur du Wiener Staatsballet, rafraîchit cet ancien ballet en lui donnant une touche raffinée et élégante, où la pureté de la danse classique est mise à l’honneur. Le livret a été réécrit en collaboration avec Jean-François Vazelle : il a été allégé et a mis en avant la figure de Diane avec les trois autres protagonistes principaux, Sylvia, Aminta et Eros. L’histoire est apparue ainsi plus linéaire, enrichie de beaucoup de belles variations permettant à la chorégraphie de s’imposer aussi sur la musique, qui joue un rôle important dans le développement du ballet et invite à danser.  Les pas de deux sont à la fois poétiques et délicats et les aspects de pantomime, typiques des versions précédentes sont atténués, ce qui permet de moderniser le ballet avec un langage classique aux lignes rigoureuses. Les scènes d’amour, caractérisées par leur romantisme sont en parfait équilibre avec d’autres, plus vigoureuses ; les deux mettant toujours en valeurs les sentiments contrastés représentés.

Sylvia, interprétée par la belle danseuse Olga Esina, est remarquable par sa grâce dans les mouvements et par ses ports de bras allongés qui font écho à ses grands jetés qui coupent la scène, notamment dans le premier acte. En tant qu’amoureuse, elle est faible et souffre quand elle voit Aminta allongé au sol ; en même temps elle est forte et rusée, quand elle arrive à échapper à Orion (Robert Gabdullin) qu’elle a réussi à saouler. Les nuances de sa personnalité sont bien marquées. Le pas de deux entre Sylvia et Eros (Tristan Ridel), avant qu’elle puisse rejoindre à nouveau son aimé Aminta, constitue un moment lyrique, d’une telle beauté que l’on voudrait qu’il se prolonge sans fin. Aux rôles masculins, notamment pour Aminta (Jakob Feyferlik) et Orion , la chorégraphie réserve des solos où on constate la puissance et la technique des danseurs. Les parties d’ensemble, notamment celles où les chasseresses avec leurs arcs bandés envahissent le plateau, sont un régal pour l’harmonie et la force qu’elles dégagent : leurs sisonnes et arabesques dessinent et rythment l’atmosphère.

Le troisième acte, qui se déroule au temple de Diane, couronne l’histoire d’amour entre Sylvia et Aminta, Orion est vaincu par le berger Aminta.  Des solos et des pas de deux encore une fois exceptionnels se succèdent : Aminta, Eros, Sylvia avec une série originale de tours en attitude devant sont au sommet de leur art.

Olga Esina et Tristan Ridel-ph.Ashley Taylor

On peut saluer cette création avec admiration : c’est une preuve que la danse classique peut être encore réinterprétée avec modernité, si l’on est capable de l’enrichir de réflexions chorégraphiques valides.

Vienne, 14 Septembre 2019 – Antonella Poli

 

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