Empreintes, le nouveau programme de l’Opéra national de Paris

Chorégraphie : Morgann Runacre-Temple et Jessica Wright; Marcos Morau

Etude-Laurene Levy-ph.Jonathan Kellerman

Un programme novateur est présenté par le Ballet de l’Opéra national de Paris en ce mois de mars. Empreintes est son titre, et la soirée est constituée par deux créations, Arena de Morgann Runacre-Temple et Jessica Wright et Étude de Marcos Morau. Les trois chorégraphes sont invités à travailler avec la troupe parisienne pour la première fois.

Arena

Le premier ballet exalte l’utilisation de la caméra tout au long du ballet. Les deux chorégraphes ne sont pas novices dans cet exercice car elles ont trouvé leur place dans l’univers chorégraphiques grâce à leurs films, dont le premier réalisé par un téléphone Nokia lorsqu’elles attendaient à un arrêt de bus. Morgann Runacre-Temple était chorégraphe indépendante et résidente au Ballet d’Irlande de 2009 à 2015 ; Jessica Wright était une danseuse parmi les plus représentatives de la compagnie de Wayne McGregor dans les années 2010.

Leur union a eu lieu en commençant à créer des productions cinématographiques, d’abord un court métrage en 2016, Last Resort pour l’English national Ballet, puis Curing Albrecht pour la même compagnie anglaise. Leur carrière s’est poursuivie avec d’autres films dont Tremble, créé pour le Scottish Ballet en 2019 qui leur a ouvert les portes pour la création de leur vrai premier ballet en scène, Coppélia pour la troupe écossaise.

Arena fait allusion à une audition de danseurs. Tous se présentent sur scène avec leurs dossards numérotés. La voix hors champ, qui prononce le mot Next, indique la succession des candidats. Anonymes et alignés les uns après les autres, c’est la caméra qui les met en valeur avec des premiers plans. Suivent des séquences de danse en groupe : le style adopté par le binôme Runacre-Temple/Wright puise dans le voguing et reste très physique avec peu de déplacements dans l’espace. Les corps engagés font sentir leur pesanteur avec leurs mouvements de jambes très ancrés dans le sol. La caméra prend encore plus d’importance en suivant un danseur remarquable (Loup Marcault Derouard), le numéro 81, qui se détache du groupe et devient une vedette.

Arena-Loup Marcault Derouard-ph.Jonathan Kellerman

Son visage, ses grimaces, ses membres amplifiés, diminuent l’attention vers les qualités dynamiques de son corps entier et vers les autres danseurs qui disparaissent presque, comme effacés par les premiers plans fixant un seul protagoniste

Et c’est dommage, car les jeunes interprètes d’Arena débordent d’énergie et incarnent chaque geste avec joie. Cela permet à gommer leurs différences, d’autant plus que dans le final tous portent un dossard n.81. Est-ce cela le message de la pièce ? Peut-être, certes l’utilisation de la caméra n’est pas un élément nouveau pour la composition chorégraphique.

Étude

Quant à Étude, Marcos Morau rend éloge d’une part à l’Opéra de Paris avec ses rituels et d’autre part fait un clin d’œil au célèbre ballet de Harald Lander, Études, qui par ailleurs était intitulé Etude (au singulier) au moment de la création pour le Royal Danish Ballet en 1948. Les analogies sont évidentes mais le chorégraphe y apporte sa touche personnelle.

ph.Jonathan Kellerman

Le public retrouve la barre, mais, cette fois-ci, elle est circulaire revêtue de velours rouge. Les danseurs l’occupent mais les traditionnels exercices (dégagés, ronds de jambe, frappés) sont remplacés par des mouvements sinueux et sensuels. Marcos Morau livre ainsi une vision contemporaine des corps. En même temps, il ironise sur les épaulements ou le passage des ports de bras (claire référence à Études de Lander qui contient une séquence intitulée port de bras), faisant évoluer les danseurs vers des allures d’automates.

ph.Jonathan Kellerman

Le sens de la verticale est abandonné, laissant aussi place à des pliés qui deviennent des chutes au sol. L’hommage à la tradition de l’Opéra de Paris arrive dans le final : tous les interprètes en tutu et justes-au-corps rose antique, indépendamment de leur genre, saluent le public et s’éloignent vers le brillant foyer de la danse.

Pourquoi parler d’une représentation de l’aliénation du danseur à propos de cette pièce?  

Les moments d’applaudissements face au public n’ont jamais dérangé quelque danseur et même si le chorégraphe ironise sur l’apprentissage technique, hélas, un danseur de l’Opéra de Paris ne peut pas s’épargner et s’en exempter.

ph.Jonathan Kellerman

D’Étude de Marcos Moreau, nous pouvons souligner la malice avec laquelle le chorégraphe a développé son propos et a innové un des ballets, créé pour exalter la virtuosité de la danse classique.

Jusqu’au 28 mars 2026  

Antonella Poli

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