Ma Bayadère de Jean-Christophe Maillot
Chorégraphie : Jean-Christophe Maillot
Distribution : Les Ballets de Monte-Carlo

ph.Hans Gerritsen
Le titre est déjà parlant : Ma Bayadère est un ballet où Jean-Christophe souhaite donner sa vision personnelle et mettre en abyme l’histoire de la Bayadère (voir notre interview du mois de novembre dernier), la danseuse sacrée du ballet éponyme, qui l’un des plus célèbres du répertoire classique. La création mondiale a été présentée au Grimaldi Forum du 27 décembre au 4 janvier 2026 avec les Ballets de Monte-Carlo.
Répères historiques
Quand on parle de La Bayadère, on pense souvent tout de suite à l’atmosphère exotique de ce ballet, à l’architecture des monuments de l’Inde et de l’Empire ottoman, aux couleurs et parfums de ces pays, mais surtout aux figures de ces danseuses hindoues, les Devadâsî (nom occidentalisé en portugais bailadeira) qui animaient les cérémonies religieuses avec leurs danses sacrées. D’un point de vue historique, Marius Petipa créa la première version, associant le livret de Sergue Khoudekov et la musique de Ludwig Minkus. Ce ballet fut donné au Grand Théâtre de Saint Pétersbourg avec un vif succès (1877), ce qui ouvra les portes à ses futures productions, en particulier la Belle au bois dormant (1890) et le Lac des cygnes (1895).
Mettons entre parenthèses ces éléments pour nous plonger dans Ma Bayadère, qui casse ces codes.
La re-création de Jean-Christophe Maillot
Une compagnie de danse qui travaille dans le studio avec son maître de ballet et un chorégraphe invité deviennent les protagonistes de ce ballet.
Jean-Christophe Maillot souhaite explorer les relations humaines, sensuelles et aussi les contrastes qui se développent entre les danseurs. Pour plonger les spectateurs dans l’atmosphère adéquate, la salle du Grimaldi Forum les accueille à rideau ouvert : la mythique Bérénice Coppieters échauffe les artistes à la barre.
- ph.Alice Blangero
- ph.Alice Blangero
Et cet outil qui accompagne tous les danseurs pendant leur carrière, utilisé en guise de métaphore, restera central pendant tout le premier acte, devenant l’instrument avec lequel Niki dialogue, se confie et devient le trait d’union dans un pas de deux émouvant entre le Prince Solo et son aimée. Le développement de l’argument dans le premier acte est centré sur l’entraînement et la rivalité entre Niki et Gamza, les deux danseuses principales.
On admire la perfection déjà bien connue des danseurs des Ballets de Monte-Carlo mais, dans cette œuvre, Jean-Christophe Maillot arrive à valoriser aussi toutes leurs capacités interprétatives et émotionnelles. Les différents tableaux s’enchaînent avec fluidité d’un point de vue dramaturgique, l’aspect narratif et théâtral s’intégrant parfaitement grâce aussi à une gestuelle classique plus libre, incarnée par les artistes. Excelle pour son expressivité Juliette Klein (Niki), la danseuse sacrée, remarquable pour son port de bras lyrique, dans la célèbre variation qui lui est réservée. Le ballet montre toutes les capacités imaginatives de son chorégraphe et son attachement à cette œuvre qui, à notre avis, a été créée avec son cœur et avec la magie intrinsèque qui opère pendant le processus de création. C’est cela qui fait la différence avec d’autres ballets.

ph.Alice Blangero
La danse des odalisques (si nous nous référons à la version classique) conçue en incluant des pas et des positions plus contemporaines, est interprétée avec énergie seulement par des danseurs masculins. On retrouve la danse de l’esclave doré dans l’unique et brève parenthèse où le ballet fait allusion à l’ancienne Bayadère, le fandango restant plus proche de l’original.
Le Royaume des Ombres est complètement innové en devenant un monde idéal, lumineux où les contrastes et les rivalités présentes dans la première partie, notamment celle entre Niki et Gamza, disparaissent pour laisser la place à une atmosphère de communion, d’amour et de joie. Le moment central de cette deuxième partie est constitué par le mouvement des Ombres que Maillot réinvente complètement. Tous les danseurs de la compagnie apparaissent et prennent leur place sur la scène en descendant des montagnes stylisés, ressemblant aussi à des pliages d’origami.

ph.Alice Blangero
Dans cette atmosphère où le blanc domine grâce au décor et aux lumières, la virtuosité du solo de la ballerine principale et les variations des trois ombres principales sont remplacés par des moments de danse harmonieux, parfois espiègles où la choralité de la compagnie exprime les sentiments empathiques qui les relient. Niki peut aussi retrouver et danser avec douceur une dernière fois avec Solo, sa grâce et sa spiritualité sont au sommet.
- ph.Alice Blangero
- ph.Hans Gerritsen
Ma Bayadère est une œuvre complète qui exalte la beauté de la danse et la profondeur des émotions. Elle est et captivante. Elle restera inscrite dans nos mémoires et on l’espère dans l’histoire de la danse.
Monaco, Grimaldi Forum, 3 janvier 2025
Antonella Poli



