Le Lac des Cygnes

Chorégraphie : Rudolf Noureev

Distribution : Myriam Ould Braham (étoile), Paul Marque (premier danseur), les solistes et le Corps de Ballet de l'Opéra national de Paris

Musiques : Piotr Illitch Tchaikovski

Le Lac des Cygnes, Opéra National de Paris-ph.Julien Benhamou

Le Lac des Cygnes est pour moi une longue rêverie du Prince Siegfried. Celui-ci, nourri de lectures romantiques qui ont exalté son désir d’infini, refuse la réalité du pouvoir et du mariage…C’est lui qui pour échapper au morne destin qu’on lui prépare fait entrer dans sa vie la vision du Lac, cet ailleurs auquel il aspire. Un amour idéalisé, naît dans sa tête. Le cygne Blanc est la femme intouchable ; le Cygne noir en est le miroir inversé. (Rudolf Noureev, 1984).

C’est ainsi que le chorégraphe russe s’exprimait à propos de sa chorégraphie créée pour le Ballet de l’Opéra de Paris, le 20 décembre 1984. À noter que ce fut à l’issue de la représentation du 29 décembre de la même année que la jeune Sylvie Guillem, à l’époque 19 ans, fut nommée étoile par Rudolf Noureev, Directeur de la Danse.

Le Lac des Cygnes manquait à l’Opéra Bastille depuis 2016, date de sa dernière reprise. Ce ballet qui reste un des plus fascinants du répertoire classique, prend une autre allure grâce justement aux choix esthétiques de Rudolf Noureev qui met en avant les aspects d’introspection psychologique du Prince Siegfried. Odette, créature transformée en cygne, représente l’idéal majeur et spirituel que le chorégraphe recherchait depuis longtemps: elle est l’expression des sentiments complexes et profonds qui animaient Rudolf Noureev. En même temps, le rapport entre Siegfried et la double personnalité de Wolfgang, précepteur, et sorcier (Rothbart) a été interprété comme l’expression de l’homosexualité du génie russe.

Les deux interprètes principaux lors de la représentation du 9 février étaient l’étoile Myriam Ould Braham et le premier danseur Paul Marque, très attendu, car il s’agissait d’une prise de rôle.

Paul Marque-ph.Julien Benhamou

On comprend toute de suite, dès l’apparition d’Odette, que ce Lac sera particulièrement touchant.

L’étoile manifeste à la perfection toute sa fragilité, due à son destin tragique. Son corps est éthéré et ses jambes comme ses bras se déploient telles des ailes décrivant des arabesques harmonieuses. A son côté, Paul Marque, dans le rôle de Siegfried, prince plongé dans sa rêverie, refuse le destin que sa mère et son précepteur veulent lui imposer. Ce jeune danseur, pour ses débuts dans un rôle si important, touche par sa capacité à transmettre son état émotionnel, à la fois se détachant dans la réalité et se nourrissant des sentiments profonds envers Odette, créature belle et délicate. Grâce à une gestualité expressive, où chaque mouvement est animé d’amour et de tendresse, la danse émouvante du Prince Siegfried fait merveilleusement vibrer le spectateur. Sa délicatesse est telle qu’il paraît ne pas vouloir la toucher, véritable femme/cygne inaccessible. En même temps, il exprime remarquablement le rôle mélancolique et introverti du Prince Siegfried.

Le pas de deux du deuxième acte, marqué par les vibratos des notes du violon et de la harpe, reste d’une extrême délicatesse. Les deux variations du troisième acte, celle d’Odile et de Siegfried, confirment les hautes qualités techniques des deux interprètes principaux.

Paul Marque et Axel Magliano-ph.Julien Benhamou

Le rôle de Rothbart est dansé par le sujet Axel Magliano qui se fait remarquer surtout dans le pas de trois du troisième acte avec Odile et Siegfried qui dégage une tension poignante et dramatique.

A noter aussi la belle performance de Fanny Gorse, Ida Vilkinkoski et Jérémy-Loup Quer dans le pas de trois du premier acte.

Le destin tragique qui sépare Odette et Siegfried n’est que la représentation du rêve de Rudolf Noureev qui s’évanouit. Ce qui reste, inéluctablement, est l’alchimie et l’univers tout à fait magique que Myriam Ould Braham et Paul Marque ont su créer sur la scène de l’Opéra de manière tout à fait personnelle et attachante.

Le Lac des Cygnes-ph.Julien Benhamou

Opéra Bastille, 9 Février 2019

Antonella Poli

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