Montepellier Danse 2026 : Après moi, le déluge, création de (La) Horde

Chorégraphie : (La) Horde

ph.Laurent Philippe

La Horde, fondée en 2013, associant trois artistes Marine Brutti, Jonathan Debrouwer et Arthur Harel, présente une création mondiale à l’Opéra Berlioz Corum de Montpellier Après moi, le déluge, à l’occasion du 46ème Festival Montpellier Danse.

La pièce, s’inspirant de l’œuvre fictionnelle de l’écrivain Alain Damasio, bénéficie d’un savoir plurivalent, privilégiant l’usage de la vidéo et les effets techniques spectaculaires, exacerbant une scénographie impressionnante qui minimise la place de la danse performative.

Derrière un rideau transparent, le ballet est à l’échauffement.

Après moi, le déluge suggère l’existence d’une catastrophe récente. De fait, le public est embarqué, dès l’ouverture, dans la découverte d’un plateau accidenté, vite éventré en son centre, obligeant douze interprètes à évoluer sur le pourtour du gouffre, avec pour fond de décor, la projection filmée de nous mêmes, spectateurs, en train de remplir la salle.

Exécutant sauts et mouvements désordonnés, les artistes, dans l’agitation, en viennent à chuter et finissent engloutis dans cet espace creux scénique. Ils réagissent, s’auto-filment joyeusement, envoyant narcissiquement leurs images et visages sur écran ; puis, éprouvés par la restriction spatiale, effrayés par l’inconnu, ils s’épuisent à tenter de s’extraire de ce lieu morbide, convoquant gestes violents, hasardeux et entraides, délaissant quelques corps affalés.

Nous -public- pensons assister à une fin du monde définitive mais le plancher se relevant, nous sommes comme menés sur le plateau « au fond du trou », exploration métaphorique d’un accès aux entrailles de la terre, questionnement sur l’avenir qui nous attendrait, pour nous livrer la vision d’un monde nouveau et nous en dévoiler la teneur. Il parait plus primaire, plus apaisé, admettant la nudité, fréquenté par deux anges féminins comme tombés du ciel, évoquant l’imaginaire occidental de la Renaissance, aussi blonds et chevelus que bienfaisants, aux attitudes salvatrices…  

ph.Laurent Philippe

Les manipulations techniques et évolutions scéniques se poursuivent, introduisant des transformations successives où le vivant cherche à se manifester, à s’imposer, à exister : corps tracté, scène rougie, volcan en éruption, fumées étranges, bruits d’écoulement d’eau, enfin êtres humains mutants hagards affublés d’une queue de singe ou d’une patte d’éléphant.

Au fil des tableaux, le collectif dansant assume, avec une endurance indéfectible, des trépidations performatives, transes énergiques, courses chaotiques. Un réalignement posturo-gestuel maitrisé offre une longue série de mouvements répétitifs synchrones, cadencés, soutenus par une intense musique rythmée, pour clore ce voyage irréel.

Du visible à l’invisible secousse qui menacerait notre monde, de la prédiction sauvage à la réalité scénique, ce spectacle interroge le travail de (La) Horde e sa valeur d’un point de vue chorégraphique. En reprennant le titre de la pièce et après l’avoir vu, on pourrait s’interroger : « est-ce le déluge de la danse » ? 

Montpellier, Opéra Berlioz Corum, 30 juin 2026

Jocelyne Vaysse

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