Tempest without a body

Il existe un tableau de Klee qui s’intitule Angelus Novus. Il représente un ange qui semble avoir pour dessein de s’éloigner de ce à quoi son regard semble rivé.
Ses yeux sont écarquillés, sa bouche ouverte, ses ailes déployées. Tel est l’aspect que doit avoir nécessairement l’ange de l’histoire. Il a le visage tourné vers le passé. Où paraît devant nous une suite d’événements, il ne voit qu’une seule et unique catastrophe, qui ne cesse d’amonceler ruines sur ruines et les jette à ses pieds. Il voudrait bien s’attarder, réveiller les morts et rassembler les vaincus. Mais du paradis souffle une tempête qui s’est prise dans ses ailes, si forte que l’ange ne peut plus les refermer. Cette tempête le pousse incessamment vers l’avenir auquel il tourne le dos, cependant que jusqu’au ciel devant lui s’accumulent les ruines. Cette tempête est ce que nous appelons le progrès.

Walter Benjamin, Thèses sur la philosophie de l’histoire, Denoël, 1971

C’est la première fois que Lemi Ponifasio, originaire des îles Samoa est à l’affiche sur les scènes françaises. Il présente au Théâtre de la Ville sa dernière création Tempest without a body.

Pour son spectacle il s’inspire de l’idée de tempête et de dévastation ; d’ailleurs sa source d’inspiration peut être également le tableau de Paul Klimt Angelus Novus que Walter Benjamin prend comme thème de réflexion dans son oeuvre Thèses sur la philosophie de l’histoire (1940).

La pièce s’ouvre sur un grand fracas qui ressemble à celui d’une explosion, qui dure une minute. Le chorégraphe affirme aussi qu’il avait été inspiré par l’attentat de Londres en 2005, un événement qui l’avait beaucoup impressionné.

La composante théâtrale joue un rôle très important dans ce spectacle : il se déroule en séquences où des moments pleins de désespoir et de silence laissent la place à des moments riches de poésie et de prière. Telles sont les scènes où cinq danseurs habillés comme des moines dansent de façon presque immobile en utilisant un langage gestuel hypnotique basé sur le mouvement de leur doigts et de leurs mains. On retrouve ici un mélange intéressant entre la danse guerrière du haka, la maîtrise zen du butô et les traditions du Pacifique Sud. Le résultat est donc une création où l’on ressent un grand travail de recherche intime, bien structuré et proportionné capable de transporter le public et de lui transmettre les sentiments précisément envisagés par le chorégraphe.

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