Georges Vigarello et ses livres-Le Corps et l’Imaginaire

Du 12 Avril au 13 Mai 2018

Bibliothèque de l'Arsenal, Paris

La BnF consacre un focus à la collection de livres anciens de Georges Vigarello, outils révelateurs de la reflexion autour du corps de son collectioneur.

L’objet fédérateur des travaux de l’historien Georges Vigarello est le corps qu’il décline au fil des époques – du Moyen-Age au 20ème siècle – selon divers thèmes où l’on retrouve toujours la préoccupation pour l’apparence, le fonctionnement interne et le sensible valorisant ou dépréciatif.

Directeur d’études à l’EHESS, titulaire de la chaire d’histoire des politiques corporelles, Georges Vigarello est aussi un écrivain. Le corps, et ses usages, est étudié selon des registres qui se recoupent d’ordre sanitaire, hygiénique, moral, esthétique, intime ; citons Le propre et le sale (1985), Le sain et le malsain (1999), Histoire du viol (1998), Les métamorphoses du gras (histoire de l’obésité) (2010), Histoire de la beauté (2004), La silhouette (2012), La robe (histoire culturelle) (2017), Le sentiment de soi (2014) ; mais aussi en collaboration avec d’autres auteurs dont J-J Courtine Histoire du corps (2005), Histoire de la virilité (2011), Histoire des émotions (2016 – 2017).

Amoureux des livres et documents historiques consultés inlassablement en bibliothèque, Georges Vigarello collectionne des livres anciens, uniques, dont « la fréquentation [lui] est précieuse, excitante », « facilitant l’émergence d’objet de recherche auquel on ne songe pas », confie-t-il lors de sa conférence à propos de leur exposition à la bibliothèque de l’Arsenal*. Il se nourrit des textes minutieusement lus et des figures historiques colorées, imagées, annotées…chargées de l’imaginaire d’une période, d’un milieu… Ce travail, immense, a ouvert le regard sur les approches contemporaines du corps et a influencé les recherches en histoire.

Précisément, les livres sélectionnés pour cette exposition organisé par la BnF, sont ouverts à des pages choisies pour leurs illustrations éclairantes assorties de commentaires érudits ; elles sont le témoin pertinent des représentations qui changent avec le temps et qui prouvent que le corps, porteur de signes reflétant des étapes dans notre civilisation occidentale, est porteur de sens.

Il ne s’agit pas, selon Georges Vigarello, de penser le corps en terme essentiellement philosophique et dualiste (matière/esprit) mais d’intégrer des données subjectives suggérant la façon vivante, animée, engagée des individus par leurs perceptions et leurs vécus.

Le corps émotionnel est apprécié au travers du soin accordée à la toilette (usage de l’eau, intimité), à sa visibilité (conformité du costume…), à l’expression des visages en tant que repères identificatoires donnant lieu à des digressions « savantes » (Caractère des passions (1692) de Charles Le Brun ; Essai sur la physiognomonie (1786) de Gaspard Lavater, à connotation raciale ; Traité médico-philosophique sur l’aliénation mentale (1800) de Pierre Pinel associant folie et angulation face-crâne).

Le corps en action s’objective dans sa conception mécanique (17ème siècle), dans l’usage de machines mesurant la force (18ème siècle), captant la célérité et décomposant le mouvement (le fusil photographique inventé par E-J Marey, 19ème  siècle).

Dans cette exposition, point de danse mais un vif intérêt pour le corps sportif et le mouvement, thème cher à G. Vigarello attentif à la transformation des modèles et à leur évolution pragmatique qui aboutissent, par l’extériorisation des ressentis intérieurs, aux réajustements gestuels et posturaux et aux glissements de sens (Histoire culturelle du sport 1988, Passion Sport 2000).

Les attendus sportifs sont vastes : comparaison du mouvement humain et animal de G. Borelli (1685), anatomie musculaire artistique de P. Richer (1921) ; « jeu de paume » devenant sports (matériaux, règles, techniques…), évolution du maniement de l’épée ; prérogatives des bains de mer, d’une vie au grand air et catalogue « des jambes de champions » (1904), à la campagne (chasse, pêche…) ; dynamique du mouvement (point d’appui d’un squelette en vélo, L. Baudry,1893), graphe dynamométrique de l’effort, contrôles chiffrés des progrès ; activités physiques et gymniques allant de la pédagogie autoritaire pour redresser un corps instrumenté, à des traités « des différents exercices des jeunes gens » (F. Amoros, I828) et de la « gymnastique des demoiselles destinée aux mères de famille » (surveillance, port du pantalon…, N. Laisné, 1854). Jusqu’à l’apparition de la femme (en passe d’être) sportive qui s’adonne à la « culture physique de la femme élégante » (Dr Mortat, 1920) pour entretenir la sveltesse de sa silhouette (sans corset), à l’aviation dans une affirmation féministe.

L’art est encore présent au centre de la salle par le bronze d’un Contorsionniste (2013) de Mauro Corda, à l’extrême souplesse.

Par ce parcours éclectique, GeorgesVigarello incite à réfléchir sur le sentiment d’identité, individuel et collectif, sur le sentiment d’appartenance socio-culturel, au travers du corps-objet mécanique et du corps-sujet incarnant le sentiment même d’existence. 

Jocelyne Vaysse

Où : Bibliothèque de l’Arsenal, 1 rue de Sully, 75004 Paris

Entrée libre

du mardi au dimanche
12h-19h
fermé lundi et jours fériés

 

 

                                                                                                                      

 

 

 

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