Sole Léon et Paul Lightfoot, une soirée pour le Ballet national de Norvège
Chorégraphie : Sole Léon et Paul Lightfoot
Distribution : Ballet national de Norvège
Musiques : Philip Glass, Ilya Demutsky

Shoot the moon-ph.Erik Berg
Pour ce début de saison, le Ballet national de Norvège présente un programme qui rend hommage à Sol León et Paul Lightfoot, deux artistes qui ont été liés pendant plus de trente ans au Nederlands Dans Theater. Paul Lightfoot a été le directeur artistique de la compagnie de 2011 à 2020, après le départ de Jiří Kylián, tandis que Sol León y a mené sa carrière de danseuse avant de devenir chorégraphe en 2012. Ensemble, ils ont créé plus de soixante ballets.

Shoot de Moon-ph.Erik Berg
Shoot de Moon
Le programme s’ouvre avec Shoot the Moon, pièce emblématique des deux chorégraphes, qui célèbre cette année son vingtième anniversaire. La structure du ballet repose sur une scénographie composée de panneaux tournants qui délimitent trois chambres distinctes. Chacune accueille des histoires sentimentales différentes, centrées sur les relations de couple entre les cinq interprètes. Le langage chorégraphique réunit tous les éléments caractéristiques du style León-Lightfoot : fluidité, lignes géométriques dessinées par les membres du corps et recherche gestuelle précise pour exprimer les sentiments. Les regards occupent également une place importante dans la transmission du message chorégraphique.
La pièce se construit autour de l’évolution des relations amoureuses des interprètes. On en découvre les différentes facettes, à travers une palette d’émotions qui va de la jalousie à la séduction, de la tendresse à la douleur, de l’incommunicabilité à la quête de liberté. Les danseurs du Ballet national de Norvège — Julie Petanova, Grete Sofie Borud Nybakken, Ricardo Castellanos, Douwe Dekkers et Jonathan Olofsson — se montrent particulièrement convaincants dans l’incarnation de toutes ces dynamiques tissées par le ballet. Le décor tournant permet de passer d’une scène à l’autre avec fluidité, tout en offrant aux couples la possibilité de s’observer et de se croiser grâce aux ouvertures ménagées dans chaque panneau.

Shoot the moon-ph.Erik Berg
Profondément intimiste, Shoot the Moon demeure, tout au long de sa durée, une œuvre sombre, qui ne laisse guère entrevoir de moments d’apaisement. Les troubles intérieurs sont présents du début à la fin, admirablement soutenus par le deuxième mouvement du Tirol Concerto de Philip Glass.

Shoot the moon-ph.Erik Berg
Salle de danse
Le programme est complété par Salle de Danse, une pièce initialement créée sous forme de vidéo uniquement, pendant la pandémie de Covid-19. Le clin d’œil au célèbre ballet de Harald Lander est évident : la chorégraphie revisite les différents moments qui rythment l’entraînement du danseur, des exercices à la barre (tendus, ronds de jambe, frappés, grands battements) aux exercices au milieu, en passant par l’Adagio, les Pirouettes, les Relevés, les Piqués, le Grand Allegro et la Coda, le tout enrichi de deux Mazurkas et de deux Tarentelles. On retrouve également la présence d’un maître et d’une maîtresse de ballet, comme dans toute compagnie.
- Salle de danse-ph.Erik Berg
- Salle de danse-ph.Erik Berg
Malgré l’enchaînement des tableaux, qui évoquent pleinement l’univers de la danse classique, il ne faut toutefois pas s’attendre à retrouver le langage traditionnel du ballet. Sol León et Paul Lightfoot conservent leur propre style : la barre est absente et les pas classiques évoqués dans les titres de chaque séquence ne sont qu’esquissés.
Ils laissent ainsi libre cours à leur imagination pour créer une succession de micro-ballets au sein d’une œuvre globale. Toutes les scènes se révèlent particulièrement dynamiques, avec, pour apothéose, le Grand Allegro final, qui met pleinement en valeur les danseurs du Ballet national de Norvège. La compagnie est en grande forme et démontre toute sa polyvalence, s’appropriant les différents styles chorégraphiques avec maîtrise et un engagement remarquable.

Salle de danse-ph.Erik Berg
Oslo, Opéra, 24 octobre 2026
Antonella Poli

