Les 40 ans des Ballets de Monte-Carlo
Les Ballets de Monte-Carlo ont célébré leur quarantième anniversaire au Grimaldi Forum de Monaco. En quatre décennies, la compagnie monégasque s’est imposée comme l’une des plus prestigieuses au monde, réunissant aujourd’hui quarante-huit danseurs sous la direction de Jean-Christophe Maillot.
Cet anniversaire consacre la réussite d’un pari audacieux, celui de S.A.R. la Princesse de Hanovre, Caroline, qui décida, en 1986, de créer une compagnie de danse à Monaco. À l’époque, une telle initiative pouvait sembler ambitieuse, voire irréalisable. Pourtant, sa passion pour les arts, et plus particulièrement pour la danse, l’a emporté. La soirée du 4 juillet est venue célébrer cette vision devenue une remarquable réussite. Il faut reconnaître que la rencontre avec Jean-Christophe Maillot constitue, à notre avis, l’une des clés essentielles de cette aventure artistique.
Sa profonde connaissance de la danse, sa créativité et son talent pour revisiter les grands chefs-d’œuvre du répertoire classique à travers une écriture résolument contemporaine ont forgé l’identité singulière de la compagnie.
La célébration a été conçue bien au-delà d’un simple gala anniversaire. Elle proposait un parcours sensible et intelligemment construit à travers quarante années de créations, de rencontres et de collaborations artistiques. Car les Ballets de Monte-Carlo sont aussi une grande famille. La présence de nombreux anciens danseurs dans la salle en témoignait avec émotion. Au Grimaldi Forum régnait une véritable communion entre les artistes et le public, portée par les souvenirs et la fierté d’un chemin parcouru ensemble.

Jean-Christophe Maillot a orchestré cette soirée avec une remarquable maîtrise. Avant chaque extrait, il en présentait le contexte historique, enrichissant ses propos de souvenirs et d’anecdotes qui éclairaient le parcours de la compagnie.
La soirée s’est ouverte avec Ma Bayadère, sa création la plus récente. Quel meilleur prélude à cette célébration que d’inviter le public dans l’intimité d’un studio de danse ? Cette œuvre rend hommage au quotidien des artistes et à la vie même d’une compagnie.
Le voyage se poursuivait ensuite vers les origines avec le pas de deux principal de Jeune homme (1986), l’un des premiers ballets créés à Monte-Carlo, signé Uwe Scholz avec les musiques de W.A.Mozart. Les décors et costumes de Karl Lagerfeld rappelaient l’ambition artistique qui caractérisait déjà les débuts de la compagnie. La création du rôle féminin avait alors été interprétée par Ghislaine Thesmar.

Romina Contreras et Jérôme Tisserand (Ballets de Monte-Carlo) – Jeune Homme
L’extrait de Dov’è la luna (1994) demeure l’un des moments les plus émouvants du répertoire de Jean-Christophe Maillot. Cette œuvre occupe une place particulière dans son parcours : elle est née au moment du décès de son père et témoigne du soutien indéfectible que lui apporta alors la Princesse Caroline, renforçant le lien d’amitié qui les unit depuis.
Le public a également retrouvé le célèbre pas de deux de Roméo et Juliette (1996), premier grand ballet narratif de Jean-Christophe Maillot. Cette production marquait déjà le début de collaborations durables avec des artistes devenus des compagnons fidèles de la compagnie, notamment Jérôme Kaplan pour les costumes et Ernest Pignon-Ernest pour la scénographie.

Katrin Schrader et Francesco Resch (Ballets de Monte-Carlo) – Roméo et Juliette
La présence de John Neumeier dans la salle a constitué l’un des temps forts de la soirée. L’ancien directeur du Ballet de Hambourg retrouvait son ancien danseur. À seulement vingt et un ans, Jean-Christophe Maillot s’était gravement blessé à Hambourg lors de la création du rôle-titre de Roméo dans Roméo et Juliette de Neumeier. Cet accident, qui mit un terme prématuré à sa carrière d’interprète, ouvrit paradoxalement la voie à son destin de chorégraphe. Maillot a reconnu volontiers tout ce qu’il doit à son maître, notamment dans son approche du ballet narratif. Le duo extrait d’Opus 100 – Für Maurice (1996) constituait un hommage à la sensibilité artistique de Neumeier.

Marijn Rademaker et Oleksandr Ryabko – Opus 100-Für Maurice
Parmi les grands chorégraphes liés à l’histoire des Ballets de Monte-Carlo, Sidi Larbi Cherkaoui et Jiří Kylián, retenus à l’étranger, étaient présents à travers de chaleureux messages vidéo. Le programme faisait également une place à Marco Goecke, qui a présenté la création Young Apollo, marquée par son style composé d’une écriture nerveuse, incisive et immédiatement reconnaissable.
Le pas de deux joyeux et fluide de Casse-Noisette Compagnie (1998) de Jean-Christophe Maillot, interprété avec grâce et complicité par l’étoile Nicoletta Manni et le premier danseur Timofej Andrijashenko du Ballet du Teatro alla Scala de Milan, rappelait également le magnifique rideau de scène conçu par George Condo pour cette production emblématique.

Nicoletta Manni et Timofej Andriaijashenko (Teatro alla Scala de Milan) -Casse-Noisette Compagnie
Le final a été un véritable feu d’artifice d’énergie avec Core Meu créé par le directeur des Ballets de Monte-Carlo en 2017, porté par les rythmes entraînants de la tarentelle des Pouilles composée par Antonio Castrignanò. Toute la compagnie, rejointe sur scène par d’anciens danseurs, a partagé un moment de joie communicative. Le public s’est laissé emporter par cette atmosphère festive lorsque les artistes ont rendu hommage à S.A.R. la Princesse de Hanovre, Caroline, en lui lançant des pétales de roses.
Les Ballets de Monte-Carlo ont célébré leurs quarante ans avec une soirée d’une rare qualité artistique, empreinte de sincérité, d’émotion et de gratitude. Un hommage à leur histoire, mais aussi une promesse tournée vers l’avenir, ouvrant avec éclat un nouveau chapitre de cette exceptionnelle aventure chorégraphique.

S.A.R. Princesse de Hanovre Caroline, Jean-Christophe Maillot et les artistes chorégraphiques des Ballets de Monte-Carlo
Monaco, Grimaldi Forum, 4 juillet 2026
Antonella Poli