La Bayadère clôt la saison 25/26 de l’Opéra national de Paris

ph.Jonathan Kellerman

La Bayadère est un ballet qui fascine et séduit depuis ses premières représentations par l’atmosphère et les sensations exotiques qui s’en dégagent. L’une des premières interprètes célèbres fut l’Italienne Maria Taglioni, figure emblématique du ballet romantique, qui dansa en 1830 à Paris dans Le Dieu et la Bayadère, recréant sur scène les ambiances de l’Inde.

D’un point de vue historique, Marius Petipa créa la première version du ballet sur un livret de Sergue Khoudekov et une musique de Ludwig Minkus.

Créé au Grand Théâtre de Saint-Pétersbourg en 1877, le ballet remporta un vif succès, ouvrant la voie aux grands chefs-d’œuvre que seront La Belle au bois dormant (1890) et Le Lac des cygnes (1895).

L’histoire d’amour entre Solor et la prêtresse Nikiya, qui a toujours captivé les spectateurs, demeura longtemps méconnue en Europe jusqu’à la venue du Ballet Kirov à l’Opéra Garnier de Paris. À cette occasion, un jeune danseur de vingt-trois ans, Rudolf Noureev, émerveilla le public. Par la suite, seul le célèbre passage du Royaume des Ombres, extrait du troisième acte, fut régulièrement présenté en Europe. Noureev le remonta d’abord pour le Royal Ballet de Londres en 1963, puis, à l’invitation de Rolf Liebermann, pour le Ballet de l’Opéra de Paris en 1974. Ce n’est que le 8 octobre 1992 que, malgré la maladie, Rudolf Noureev créa pour l’Opéra de Paris sa version intégrale de La Bayadère, s’inspirant au plus près de l’original de Marius Petipa. Ce fut son dernier ballet.

Nous nous intéresserons ici aux deux distributions que nous avons suivies.

La première réunissait trois figures majeures du Ballet de l’Opéra de Paris : l’étoile Dorothée Gilbert dans le rôle de Nikiya, l’étoile Roxane Stojanov dans celui de Gamzatti et l’étoile Hugo Marchand dans celui de Solor.

Sans surprise, leurs fortes personnalités artistiques et leur remarquable alchimie ont donné naissance à un spectacle de très haut niveau. Dorothée Gilbert s’est montrée particulièrement lyrique dans les variations du premier et du deuxième acte, alliant une grande expressivité à une maîtrise technique irréprochable.

Aux côtés de Hugo Marchand, elle a interprété le pas de deux du premier acte en mettant en avant la sensibilité amoureuse de Nikiya, au détriment toutefois de la dimension spirituelle propre au personnage de la prêtresse, protectrice du feu sacré du temple. Cette immense artiste, qui fera ses adieux à la scène en octobre prochain, a dansé pour la dernière fois à l’Opéra Bastille.

Roxane Stojanov, malgré quelques hésitations dans les fouettés de sa variation du deuxième acte, est parvenue à incarner avec force la rivalité et la tension qui opposent Gamzatti à Nikiya. Sa puissante présence scénique a considérablement renforcé la dimension dramatique du ballet.

Au troisième acte, la magie de la descente des trente-deux danseuses a transporté le public dans le Royaume des Ombres. Parfaitement alignées et synchronisées dans leurs arabesques, les Ombres ont offert une séquence d’une grande harmonie, notamment dans l’Adage qui les réunit sur scène.

La seconde distribution réunissait les premières danseuses Héloïse Bourdon (Nikiya) et Clara Mousseigne (Gamzatti), aux côtés de l’étoile Germain Louvet (Solor).

Ce dernier a une nouvelle fois démontré sa capacité à renouveler les grands rôles du répertoire classique grâce à une interprétation très personnelle, sensible et profondément habitée. Il est toutefois regrettable que le duo qu’il formait avec Héloïse Bourdon n’ait pas retrouvé l’alchimie exceptionnelle qui unissait Dorothée Gilbert et Hugo Marchand.

Dans le rôle de Nikiya, Héloïse Bourdon a privilégié l’intériorité du personnage, peut-être même de manière un peu excessive, tout en faisant preuve d’une solide maîtrise technique.

Clara Mousseigne, malgré ses indéniables qualités techniques, ne s’est pas pleinement imposée dans le rôle de Gamzatti. Ce relatif manque d’autorité dramatique a déséquilibré le deuxième acte, où les rapports de force entre les personnages perdaient en intensité.

La pérennité de ces grands ballets du répertoire classique repose sur la sensibilité des artistes d’aujourd’hui, capables de réinventer leur interprétation sans trahir l’héritage reçu, en y apportant toute la richesse de leur expérience de danseurs contemporains.

Opéra Bastille, 2-3 juillet 2026

Antonella Poli

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