20e édition du festival June Events – La soirée d’ouverture

ph.Kristinna Hilliard
Le festival June Events organisé par l’ Atelier de Paris/CDCN célèbre ses vingt ans !
« Au cœur de June Events s’impose l’urgence pour les artistes de dire leur – notre – indignation. Qu’elles et ils rejettent un monde de plus en plus déchiré par la violence et par la guerre ; leurs spectacles témoignant de faits historiques ou faisant écho à l’actualité internationale brûlante… », c’est l’un des propos de cette édition souligné par Anne Sauvage, directrice de la manifestation et de l’Atelier de Paris.
Dans cette idée s’inscrit le premier spectacle de la soirée d’inauguration, la dernière création de Mithkal Alzghair, Paisiblement, pour trois interprètes dont lui-même. Le chorégraphe syrien s’empare du geste chorégraphique pour condamner les derniers conflits au Moyen-Orient mais également pour s’interroger sur l’existence de moyens pacifiques capables de combattre les violences. Il fait appel à sa mémoire, en particulier à un soulèvement pacifique apparu à Sweida, ville de sa région, qui avait vu la population descendre dans la rue pour manifester paisiblement.

ph.Patrick Berger
En guise de clin d’œil à cet épisode, les trois interprètes marchent dans l’espace scénique avec des pancartes vierges : « Comment diffuser un message de paix », semblent-ils demander au public. A cette interrogation, ils répondent en occupant l’espace scénique avec une marche qui devient de plus en plus soutenue accompagnée par des pas sautés.
Des mouvements de bras surgissent pour devenir symboles de protestation et de résistance. Les corps des trois interprètes, malgré une danse minimaliste et une gestuelle peu élaborée, expriment une forte tension et tout le doute qui les accompagne dans leur acte de protestation. Leurs mouvements sont accompagnés par les sons métalliques d’un instrument à percussion de même nature qui constituent la création sonore de Modar Salama. Leur succession semble incarner les instants d’une vie marquée par des images brutales auxquelles la danse répond avec son pouvoir de faire parler les corps de manière directe. Ils livrent un discours poético-politique tout au long de cette pièce, entraînant le public à réfléchir sur la condition humaine des populations aujourd’hui dévastées par des guerres injustifiées.
- ph.Patrick Berger
- ph.Patrick Berger
Labour d’Emily Gualtieri et David Albert-Toth
La soirée s’est poursuivie avec la première européenne de Labour, pièce entièrement féminine avec cinq interprètes appartenant à la compagnie québécoise PARTS+LABOUR.
Admirables par leur endurance tout au long des cinquante-cinq minutes du spectacle, les danseuses s’érigent en porte-parole du rythme soutenu auquel les femmes sont confrontées dans l’accomplissement de leurs tâches quotidiennes. L’essence de Labour, titre utilisé dans sa signification anglaise (travail), est justement la cadence qui perdure sans cesse du début à la fin.

ph.Patrick Berger
Les interprètes, en suivant le style chorégraphique du Two-step, suivent toujours les mêmes trajectoires en parcourant l’espace rectangulaire de la scène du Théâtre de l’Aquarium. Compactes, elles luttent contre la fatigue et la soif, en s’autorisant quelques grignotages sans perdre le rythme. La pièce s’attache à déconstruire un imaginaire collectif associant les femmes à une prétendue faiblesse physique et à leur rôle maternel prédominant. Par ailleurs, les deux chorégraphes n’épargnent pas des références directes, concernant notamment les menstruations, la grossesse et leur maternité. Marquée par un fort réalisme, la pièce affirme avec force la place des femmes dans nos sociétés, ce que le public salue par de chaleureux applaudissements.A
- ph.Patrick Berger
- ph.Patrick Berger
Atelier de Paris, 26 juin 2026
Antonella Poli



