Artemis Danza : Verdi/Shakespeare – La trilogia della Brama
Chorégraphie : Monica Casadei
Distribution : Artemis Danza
Musiques : Giuseppe Verdi

ph.Roberto Ricci
Dans le monde de la danse contemporaine italienne, Monica Casadei fait figure de pionnière. Avec sa compagnie Artemis Danza qui existe depuis 1994 et pour laquelle elle a créé plus d’une trentaine de pièces, elle enchaîne les créations en même temps que les tournées, s’appuyant plus d’une fois à des œuvres du passé pour mieux comprendre le présent.
Dans ses récentes productions, elle s’est intéressée plus particulièrement à des héroïnes d’opéras telles que Carmen, La Traviata, Tosca qui lui permettent de dénoncer ce que la condition féminine, aujourd’hui encore, comporte d’injustices et de drames.
Cette fois, dans un triptyque qui réunit Othello, Macbeth et Falstaff, présenté au Théâtre Regio de Parma, trois personnages shakespeariens dont Verdi a fait des opéras, la Casadei explore la force de la pulsion (souvent proche de la pulsion de mort) à travers la jalousie meurtrière du premier, la soif de pouvoir du deuxième et la recherche de jouissance sans scrupule du troisième. Pour ce spectacle brillant d’invention et de couleurs, elle a convoqué, outre 19 danseurs et un quatuor de musiciens, un peintre, un acteur, un dramaturge écrivain et un compositeur dont la musique électronique alterne avec des extraits d’opéras de Verdi.
La soirée s’ouvre avec le peintre Giuliano Del Sorbo qui, par ses dessins réalisés en direct, annonce et résume ce qui aura lieu. Trois grandes toiles occupent le plateau sur lequel il dépose, en quelques traits précis, les actions auxquelles on va assister.

ph.Roberto Ricci
Tandis qu’il termine ce « live painting », on reconnait déjà, se glissant le long de l’avant-scène, vêtue d’une longue robe blanche, l’innocente Desdémone, victime de la fureur aveugle d’Othello ; celle-ci éclate soudain, menée par des danseurs masqués surgis de la salle comme des guerriers se préparant au combat. Leur gestuelle brusque, rythmé par des tambours, s’apparente à un rituel sauvage. Aveuglé par la jalousie, Othello voit rouge et autour de lui, tout prend l’ardente couleur, -les longues jupes des danseurs, leurs masques, les rideaux suspendus au-dessus du plateau, et lorsque le groupe rejoint la scène, c’est pour se lancer dans une autre danse à peine moins violente où chacun brandit un mouchoir, élément clé pour Iago qui doit inventer une preuve de la trahison de Desdémone. Le féminicide aura donc lieu.
A Othello, succède Macbeth, la deuxième figure tragique du triptyque, pris au moment où il vient d’accomplir son premier méfait, l’assassinat de Lord Duncan. Interprété cette fois par un comédien, Savino Paparello qui campe un Macbeth ambitieux sans grandeur, un père Ubu lamentable. Autour de lui, les danseurs unis en un seul organisme, renforcent par leur présence les élucubrations mentales que le dramaturge Alessandro Gallo a imaginé et mis dans la bouche de l’usurpateur. A moins qu’à l’instar d’un chœur antique, le groupe ne joue le rôle de témoin comme lorsqu’il répète à l’infini le geste de Lady Macbeth se frottant la main frénétiquement dans l’espoir d’y ôter, après le meurtre, « la petite tâche de sang » qui refuse de s’effacer.

ph.Roberto Ricci
Comme s’il fallait laisser le public se reprendre après tant de gravité tragique et avant d’aborder Falstaff, la troisième figure shakespearienne, un petit orchestre vient occuper le plateau et créer un intermède musical en jouant les airs de Verdi les plus connus tandis que, des cintres, descendent l’un après l’autre des costumes de théâtre , évoquant des personnages verdiens. Il s’agit du quartet NEXT de l’Académie Toscanini, composé d’une pianiste, d’un percussionniste et de deux saxophonistes. Peu à peu, la lumière devient psychédélique, les mélodies du quartet cèdent la place aux sons électroniques et Falstaff entre en scène, truculent ,amoral, sans scrupules. Avec lui, une atmosphère carnavalesque s’installe aussitôt. Entouré d’un groupe déchaîné qui danse de façon désordonnée tout en se moquant de lui, ce Fastaff comique et corrompu incarne bien le désordre provoqué par sa soif insatiable pour la boisson et pour les femmes et illustre parfaitement la conclusion très shakespearienne reprise par Monica Casadei que Tutto nel mondo è burla (Le monde entier n’est que farce, l’homme est né farceur).
Il faut saluer la bravoure de la chorégraphe et de ses danseurs pour avoir mené de front théâtre, danse, texte, peinture, son et décor dans un spectacle qui tient en haleine le public pendant près de 80 minutes. Les images sont fortes, l’articulation musicale entre les courts extraits de Verdi et les notes sonores de Fabio Fiandrini fonctionne à merveille et surtout, la gestuelle de la Casadei, marquée par sa pratique d’Arts Martiaux, plus particulièrement l’aikido, qui imprime à la danse une puissance qui traverse l’ensemble du spectacle. Quant aux 19 danseurs, ils sont solidement engagés dans la création.
- Ph.Roberto Ricci
- ph.Roberto Ricci
Le spectacle sera repris au mois d’août au Festival Armonie d’Arte de Soverato, en octobre au Théâtre du Chêne noir d’Avignon et en décembre au Théâtre communal de Modena.
Parma, Théâtre Regio, 14 mai 2026
Sonia Schoonejans

