Montpellier Danse 2026 : Bazm (Répértoire), le mouvement intérieur d’Armin Hokmi
Chorégraphie : Armin Hokmi
Musiques : Hélène Island, Caryo

ph.Vahid Amanpour
Armin Hokmi, artiste associé à l’Agora – Cité internationale de la danse, a présenté sa première pièce long format, Bazm (Répertoire) lors de la 46ᵉ édition du Festival Montpellier Danse, manifestation qui intègre les activités du centre chorégraphique occitan dirigé par Jann Gallois, Dominique Hervieu, Hofesh Shechter et Pierre Martinez.
Le chorégraphe d’origine iranienne, aujourd’hui installé à Berlin après plusieurs années de formation en Norvège, interroge le mouvement en essayant de remonter à ses origines et d’en explorer les potentialités.
Si Shazir (2024) s’inspirait du Festival de Shiraz de son pays et si le solo Of Hearth/An Etude (2025), présenté l’année dernière aussi pendant le Festival de Montpellier, dévoilait un geste dansé propulsé par des éléments pulsionnels, Bazm, création mondiale, invite les spectateurs à réfléchir aux possibilités d’un corps obéissant à des lois géométriques. Une approche qui pourrait conduire à qualifier la pièce de minimaliste et radicale, des qualités qu’Armin Hokmi rejette.
Par ailleurs, lors du bord de plateau animé par Delphine Goater et Antonella Poli pour le Syndicat professionnel de la critique Théâtre, Musique et Danse, Armin Hokmi a expliqué qu’il lui aurait été impossible de maîtriser toute l’énergie de Of Hearth/An Etude avec les onze danseurs de Bazm.
Un premier couple entre en scène : ses mouvements restent concentrés au niveau du genou, qui se plie et s’allonge en synchronie avec un sursaut de l’épaule droite. Il se crée ainsi une opposition diagonale entre ces deux parties du corps. Un autre élément, qui complète l’organisation corporelle des danseurs et demeure constant tout au long du spectacle, réside dans les deux mains superposées sur la hanche gauche, marquant le rôle d’ancrage du bassin au sol. Les costumes, aux teintes beige, bleue et marron, évoquent les structures picturales de Mondrian. La conception de l’espace répond à cette architecture chorégraphique, qui dessine des lignes et des diagonales.
- ph.Vahid Amanpour
- ph.Laurent Philippe
Par des avancées millimétrées, les autres interprètes investissent progressivement le plateau en occupant l’espace de manière symétrique. Leurs déplacements échappent à notre perception, tant ils sont guidés par des micromouvements qui permettent, malgré leur amplitude limitée, d’effectuer des rotations du corps. Ce temps dilaté dans l’exécution de chaque pas donne l’impression de laisser au corps le temps d’acquérir une conscience dynamique fondée sur sa perception intérieure. Par ailleurs, Armin Hokmi pratique la méthode Feldenkrais, orientée, comme le montre le philosophe américain Richard Shusterman, vers l’éveil d’une conscience corporelle fondée sur l’écoute du corps. Les soulèvements des bras n’interviennent qu’à la fin de la pièce, de même que ceux des deux épaules, qui se produisent simultanément.
Si le rythme répétitif de la pièce peut parfois susciter des interrogations, nous pensons que la recherche chorégraphique de ce chorégraphe pourra évoluer avec profondeur. L’harmonie qui unit les onze interprètes diffuse un sentiment de calme et de réconciliation avec nous-mêmes, l’un des objectifs essentiels que l’art devrait aujourd’hui poursuivre en ces temps si troublés.
Armin Hokmi a réçu le 19 juin dernier le Prix de Révélation chorégraphique de la saison 2025/26, décerné par le Syndicat Professionnel de la Critique Théâtre, Musique et Danse.
Montpellier, Opéra Comédie, 26 juin 2026
Antonella Poli

