On (y) danse aussi l’été ! : Lost Connection de Wen-Jen Huang et Bang Bang de Manuel Roque

Chorégraphie : Wen-Jen Huang, Manuel Roque

Distribution : Seed Dance Company; Manuel Roque et Nils Levazeux

ph.Juraj Zilincar

Les Hivernales, CDCN d’Avignon, proposent avec le Festival OFF d’Avignon, une programmation estivale intitulée On (y) danse aussi l’été ! Ce titre souligne l’importance de cette manifestation au-delà de la très célèbre édition hivernale, organisée chaque année entre janvier et février.

Le 20 juillet dernier, la compagnie taïwanaise Seed Dance Company, dirigée par la chorégraphe Wen-Jen Huang, ainsi que le duo athlétique formé par Manuel Roque et Nils Levazeux, ont investi les studios des Hivernales.

Lost Connection

Lost Connection (Seed Dance Company) invite le public à réfléchir à l’impact des écrans sur notre société. Dans un langage chorégraphique à la fois efficace et concret, Wen-Jen Huang traduit les effets néfastes de notre dépendance aux smartphones.

La pièce s’ouvre sur deux interprètes dont les visages sont totalement happés par la lumière de leurs téléphones portables, sur une musique au rythme répétitif et soutenu. Une fois les smartphones déposés, les danseurs évoluent au sol, enchaînant des chutes rapides avant de se redresser pour composer des figures presque circassiennes, rendues possibles par leurs remarquables qualités physiques. Lorsque la musique s’apaise, un duo tout en douceur et en harmonie fait renaître la possibilité d’une véritable relation humaine. Mais cet instant reste de courte durée.

L’énergie des quatre interprètes reprend rapidement le dessus et leurs tee-shirts deviennent les nouveaux objets de leur aliénation : ils les étirent, s’y enveloppent, comme pour s’y emprisonner. Que reste-t-il alors de leur personnalité ? Des scènes évoquant des combats viennent également animer le plateau.

Les danseurs reprennent finalement leurs écrans : leurs corps s’électrisent, perdent le contrôle, tandis que leurs visages, collés aux smartphones, tremblent comme s’ils suivaient la vitesse des images défilant sous leurs yeux. Wen-Jen Huang, dont les créations s’inspirent régulièrement de la vie quotidienne et des phénomènes sociaux, livre ici une écriture chorégraphique qui met en lumière, avec clarté et puissance, les distorsions provoquées par notre dépendance au numérique.

Bang Bang

Le duo présenté dans le cadre de On (y) danse aussi l’été ! constitue un véritable défi à l’endurance des interprètes. Initialement conçue comme un solo, la pièce a été transformée en duo par Manuel Roque, tant elle exige un engagement physique considérable. Cette nouvelle forme accentue encore davantage l’effort des deux danseurs tout en révélant leur remarquable complicité.

Manuel Roque et Nils Levazeux entrent en scène vêtus de shorts, de débardeurs et de baskets, accompagnés d’une bande sonore évoquant des pulsations. Ils débutent comme s’ils s’échauffaient, avec de légers squats suivis de petits sauts.

Peu à peu, le rythme s’accélère et des sauts latéraux viennent enrichir la partition gestuelle. Les jambes des deux interprètes ne cessent alors de bouger et de traverser l’espace, investissant progressivement toutes les diagonales du plateau. Les mouvements de bras s’ajoutent progressivement, intensifiant encore l’effort physique. Le synchronisme est saisissant, d’autant que les deux danseurs ne se regardent jamais, entièrement concentrés sur le maintien du rythme.

Les sauts se poursuivent, les bras se lèvent vers le ciel puis s’ouvrent sur les côtés. Après quelques secondes de répit, les mouvements presque automatiques reprennent : de petits bonds s’amplifient jusqu’à se conclure par une posture d’équilibre. La pièce dure cinquante minutes, un temps durant lequel les séquences répétitives semblent ne jamais devoir s’interrompre.

À travers cette performance, Bang Bang interroge les limites du corps humain poussé à l’extrême, en exacerbant les notions d’effort, de répétition et d’endurance.

Avignon, 19 juillet 2026

Antonella Poli

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