L’Hommage de Transcendanses à Hans van Manen au Théâtre des Champs Elysées
Chorégraphie : Hans Van Manen
Distribution : Dutch national Ballet

Adagio Hammerklavier-ph.Hans Gerritsen
Dans le cadre de la saison TranscenDanses 2026, le Théâtre des Champs-Élysées rend hommage à l’artiste néerlandais Hans van Manen, figure majeure de la danse européenne au 20ème siècle, et accueille le Dutch National Ballet d’Amsterdam, compagnie qu’il a antérieurement dirigé.
Hans van Manen (1932 – 2025), a d’abord assuré une carrière d’interprète au Nederlands Opera Ballet puis aux Ballets de Paris de Roland Petit. Il a ensuite poursuivi par une prestigieuse carrière de chorégraphe au Nederlands Dans Theater (1988-2003), ainsi qu’au Dutch National Ballet sur deux périodes, de 1973 à 1987, puis de 2005 jusqu’à la fin de sa vie, en tant que directeur. Ce parcours est à l’honneur ce soir, démontrant l’ouverture de son inspiration et la richesse de sa créativité.
D’autre part, il collabore avec des personnalités internationales dont Marcia Haydée, Rudolf Noureev. Il reçoit, entre autres prix et distinctions, la Médaille d’honneur pour l’art et la science de l’Ordre de la Maison d’Orange des mains du roi Willem-Alexander en 2018. Son regard aigu se déploie aussi dans une pratique reconnue de photographe.
La soirée propose cinq pièces, chorégraphiées par Hans van Manen au fil de sa vie.
L’Adagio Hammerklavier créé en 1973 inaugure la soirée. La sonate pour piano n.29 du même nom de Ludwig Von Beethoven accompagne l’entrée en scène de six interprètes, assemblés en duos, rompus par des regroupements comme improvisés. La blancheur des tenues, jupes des femmes et justaucorps des hommes torses nus, renforce l’aspect de pureté des mouvements dansés successifs ; sur fond d’un décor projeté d’ondulations bleutées. La grammaire classique sur pointes frappe par sa précision, par la beauté des figures académiques touchant à la perfection.
La dimension relationnelle des duos est remarquable, jusqu’à initier des moments intenses où l’un assis au sol observe l’autre en action. La dynamique commune reprend dans une fluidité empreinte de douceur, tout en insérant des portés majestueux. Le tempo de fond relève d’un adage, marqué par une certaine langueur et une certaine lenteur qui s’accroit jusqu’à la suspension. Salut final.
La pièce suivante est en rupture totale avec cette délicatesse, pour offrir sept minutes endiablées sur une partition de J-S Bach. Robin Park maitrise totalement ce solo débordant d’agilité et de virtuosité ; il enchaine avec une énergie sans faille et une célérité remarquable les déboulé, traversée du plateau, manège dans un style néoclassique.
Frank Bridge Variations est l’œuvre conçue lors du retour de Hans van Manen au sein de la compagnie en tant que chorégraphe en résidence, en 2005, sur des partitions musicales variées de Benjamin Britten. Sur un fond de panneaux mobiles gris bleutés, se déploie un vaste éventail de séquences exécutées par dix interprètes, hommes et femmes, dans des justaucorps aux nuances sombres vertes et rouges. La danse se veut contemporaine, inventive, allant de duos engagés et de brefs solos talentueux, à des marches à l’unisson particulièrement cadencées et déterminées.
La pièce Two pieces for Het est présentée à l’issue de l’entracte. Il s’agit d’un duo saisissant de dix minutes, mettant en relief la beauté du corps dansant : lui – Constantine Allen- dans un justaucorps à maille noire laissant deviner une silhouette musculeuse sculptée et érotisée ; elle – Riho Sakamoto- dans une robe voilée qui accentue l’apparente légèreté des attitudes sur pointe. Le duo transcende une exécution néoclassique et exacerbe le potentiel des interprètes, avivant leur habileté et leur harmonie, quelques « arrêts sur image » fixant des instants inoubliables.
Cinq tango’s, créé en 1977, s’appuient sur cinq compositions musicales de Astor Piazzola. Quatorze danseurs et danseuses sont pressentis pour illustrer le métissage d’une tradition argentine avec un savoir posturo-gestuel superbe autant classique que contemporain. Sur un fond noir-grisé aux lignes art déco, quatre couples surgissent sur le plateau, suivis de différents moments où les artistes évoluent diversement, admettant un court solo magistral, des pieds flex et des audaces sur pointes, des cambrures masculines assumées avec fierté et des réponses en mode séduction.
Le costume noir, rehaussé d’un rouge intense pour les femmes, contribue à l’unité de cette pièce. Puis, freinant l’enthousiasme dynamique, les lumières de Jan Hofstra rougissent la scène, le rythme ralentit jusqu’à atteindre l’immobilité, pour clôturer la soirée avec un public conquis par la qualité de la compagnie et l’éclectisme du répertoire de Hans van Manen.
Paris, Théâtre des Champs Elysées, 25 juin 2026
Jocelyne Vaysse