Les « Ali della Danza » : Alice Mariani, première danseuse du Théâtre alla Scala de Milan, fait danser la Toscane

À l’occasion du festival La Versiliana, le gala Le Ali della Danza, créé par la première danseuse du Théâtre alla Scala de Milan, Alice Mariani, enchantera le public le 21 juillet au Théâtre La Versiliana de Marina di Pietrasanta. Cet événement, soutenu par la ville de Massa, a pour objectif d’offrir l’opportunité de découvrir un spectacle de grande qualité composé de pièces de styles différents, du classique au contemporain.

À la veille de ce deuxième rendez-vous, nous avons rencontré Alice Mariani pour évoquer sa carrière et nous présenter plus en détail le spectacle.

Chroniquesdedanse: Les moments forts de votre parcours artistique ont été l’Accademia du Théâtre alla Scala, puis le Semperoper Ballet de Dresde et enfin le retour à Milan, d’abord comme soliste du Ballet du Théâtre alla Scala, puis promue première danseuse. Quels sont les souvenirs les plus marquants de ces trois étapes ?

Alice Mariani: L’Accademia du Théâtre alla Scala de Milan m’a formée et m’a donné les bases techniques nécessaires à ma carrière professionnelle de danseuse. D’un point de vue plus personnel, elle m’a transmis la discipline et la rigueur. Certes, la première année, surtout, a été difficile, car j’ai dû quitter ma famille. Mais cette séparation a constitué en même temps une étape formatrice pour le développement de ma personnalité, car on apprend vite à être indépendant malgré son jeune âge.

Mon engagement au Semperoper Ballet de Dresde m’a ouvert de nouvelles perspectives sur la danse. Le répertoire de la compagnie était très diversifié. Nous dansions aussi bien des ballets classiques que contemporains. En outre, la diversité des danseurs, issus de différentes nationalités, m’a permis d’entrer en contact avec des écoles variées et de partager des patrimoines artistiques différents.

Le retour à Milan en tant que soliste du Ballet du Théâtre alla Scala a été, bien sûr, un moment de grande joie, d’autant plus que j’étais consciente des difficultés qu’il y avait à réintégrer la compagnie. Au début, je n’étais que soliste, mais ce rôle ne me dérangeait pas, j’avais confiance, je pouvais apporter mon bagage d’expérience à la compagnie. Manuel Legris, à l’époque Directeur du Ballet du Théâtre alla Scala de Milan m’a fait confiance et, un an après mon arrivée à Milan (2021), j’ai été nommée première danseuse.

CDD. : Revenons au projet Le Ali della Danza. Pouvez-vous nous en dire davantage sur son origine ?

A.M. : C’est la ville de Massa qui m’a proposé d’organiser ce gala, dont la première édition a eu lieu en avril dernier au Teatro Guglielmi. J’ai saisi cette formidable opportunité, même si je n’avais jamais exercé les fonctions de directrice artistique, en m’entourant d’artistes que j’estime énormément, des danseurs jusqu’au personnel des coulisses. Tous les interprètes du gala m’ont accompagnée tout au long de ma carrière. En élaborant le programme de la soirée, j’ai souhaité représenter la diversité des styles que j’ai eu l’occasion de danser jusqu’à présent. Ce gala est un voyage entre danse classique et danse contemporaine.

CDD. : Pouvez-vous nous parler des quatre pièces que vous danserez, en particulier de Raindrop, du danseur et chorégraphe de l’English National Ballet Rentaro NaKaaki et de On the nature of daylight de David Dawson ?

A.M. : Raindrop a été créé pour la première édition de Le Ali della Danza. C’est un duo qui interroge la force des relations humaines, leur capacité à perdurer même lorsque l’on est éloigné et que la vie nous entraîne dans des directions différentes. Je danse ce duo avec la soliste du Théâtre alla Scala de Milan, Agnese Di Clemente : nous sommes liées par une profonde amitié.

Raindrop-ch. Rentaro NaKaaki

Avec Gareth Haw, danseur que je connais depuis 2013, ancien collègue au Semperoper Ballet de Dresde et partenaire extraordinaire, je danse On the nature of daylight. C’est un pas de deux très exigeant qui requiert une grande confiance entre les partenaires, non seulement parce qu’il est très physique, mais aussi parce qu’il exprime une profonde intimité.

Les chorégraphies de William Forsythe constituaient des piliers du répertoire du Semperoper Ballet de Dresde. Le choix de In the middle somewhat elevated, l’une de ses pièces les plus emblématiques, s’est donc imposé naturellement. Enfin, je danse un extrait de Don Quichotte, dans la version de Rudolf Noureev, avec Mattia Semperboni, soliste du Théâtre alla Scala de Milan.

In the middle somewhat elevated-ch.William Forsythe

CDD. : Et que pouvez-vous nous dire des interprètes et des autres pièces de la soirée ?

A.M. : Martina Arduino et Marco Agostino, premiers danseurs du Théâtre alla Scala de Milan, interprètent Autumn, une création du danseur principal du Ballet de Hambourg Edvin Revazov, ainsi qu’un extrait de Giselle.

Susanna Santoro et le danseur principal Jon Vallejo, tous les deux mes chers anciens collègues du Semperoper Ballet de Dresde, dansent une pièce de Goyo Montero ainsi qu’un pas de deux contemporain du chorégraphe belge Stijn Celis.

CDD. : Pensez-vous que des spectacles comme votre gala puissent rapprocher de nouveaux publics de l’art chorégraphique ?

A.M. : L’objectif de ce spectacle est justement d’attirer et d’élargir le public, y compris les plus jeunes, afin de leur donner envie de suivre la danse. En Toscane, surtout, il n’existe pas beaucoup d’occasions d’assister à des spectacles chorégraphiques. Ce gala représente une opportunité pour tous les habitants de la région, et j’espère qu’ils en ressortiront émus.

CDD. : Comment voyez-vous l’évolution de la danse dans les années à venir ?

A.M. : La danse est en pleine évolution. Même si les grands ballets du répertoire témoignent encore aujourd’hui d’une tradition très forte, on s’oriente de plus en plus vers la danse contemporaine et vers des formes d’expérimentation qui peuvent ouvrir de nouvelles perspectives.

Propos recueillis par Antonella Poli

 

 

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