Miniatures, le nouveau programme des Ballets de Monte-Carlo
Chorégraphie : Julien Guérin, Mimoza Koike, Jean-Christophe Maillot, Francesco Nappa, Jeroen Verbruggen
Distribution : Les Ballets de Monte-Carlo
Musiques : Violetta Cruz, Aurélien Dumont, Ramon Lazkano, Bruno Mantovani, Martin Matalon, Misato Mochizuki

Résonances-ch.Jean-Christophe Maillot-ph.Alice Blangero
Cela aurait pu n’être qu’une joyeuse fête de retrouvailles entre artistes ayant tous participés à l’aventure des Ballets de Monte-Carlo. Ce fut bien davantage ! Les six propositions réunies dans Miniatures, le dernier spectacle présenté par les Ballets de Monte-Carlo pour marquer les 40 ans de la compagnie, ont révélé une grande diversité de talents chorégraphiques et surtout l’extraordinaire versatilité des danseurs qui voyagent avec enthousiasme d’un vocabulaire gestuel à l’autre.
A la découverte des Miniatures…
Miniatures 26 réitère ce que Jean-Christophe Maillot avait déjà réalisé en 2004 lors du festival Printemps des Arts : se laisser « aspirer » par la musique de compositeurs contemporains en chorégraphiant leurs œuvres. Cette fois, répondant à la proposition de Bruno Mantovani, l’actuel directeur du Printemps des Arts, Maillot a invité quatre anciens danseurs de sa compagnie, devenus chorégraphes, à se saisir eux aussi d’une œuvre contemporaine pour creuser à leur façon le rapport danse/musique. A ces quatre créations, s’ajoutent deux anciennes pièces de Maillot. Aucune d’entre elles ne dépassent douze minutes.
Après avoir eu le temps d’admirer un rideau de scène où, sur fond noir, se détachent de minces silhouettes blanches à la Jérôme Bosch, la soirée débute par Résonances que Maillot créait en 2004 sur la musique du basque Ramon Lazkano, un petit bijou pour trois couples de danseurs qui suivent à l’unisson l’écriture acérée du chorégraphe, lui-même inspiré par les sons tranchés du violon et du violoncelle. Les gestes vifs, parfois brusques, toujours précis, font s’envoler les jambes nues des filles tandis que les corps se touchent, se chatouillent du bout des doigts, répondent comme s’ils racontaient de petites histoires avant de glisser lentement vers les coulisses en même temps que les trois panneaux lumineux qui formaient le décor.

Resonances-ch.Jean-Christophe Maillot-ph.Alice Blangero
Avec Caravansérail, Julien Guérin, danseur et chorégraphe aux Ballets de Monte-Carlo de 2007 à 2019, réagit aux percussions et à la trompette du compositeur argentin Martin Matalon par une atmosphère circassienne. Les dix danseurs, tous vêtus de collants bariolés, exécutent, en duos ou trios des figures reprises par le reste du groupe comme s’il s’agissait d’un entraînement de forains avant de se retrouver tous dans un Chorus Line, du style Ziegfeld Follies. La vie quotidienne d’une troupe d’artistes raconté sur un mode divertissant !
- Caravansérail-ch.Jukien Guérin-ph.Alice Blangero
- Caravansérail-ch.Jukien Guérin-ph.Alice Blangero
C’est sur les Huit carrés rouges de la compositrice colombienne Violetta Cruz dont il saisit la poésie narrative que Francesco Nappa, inoubliable interprète des œuvres de William Forsythe, crée ses Anémones. Il s’agit d’une unique et longue danse collective, mêlant les hommes torses nus avec les filles jambes nues, tous habillés dans les tons bruns comme ceux des tentes légèrement éclairées en fond de scène évoquant les tipis d’une tribu indienne. Les corps, proches les uns des autres, se déplacent comme un seul organisme dans un mouvement continu et fluide qui ne s’interrompt qu’au bout de douze minutes, lorsque le dernier danseur, épuisé par ce marathon, rejoint le reste du groupe, déjà étendu sur le sol. Nappa le Napolitain, a toujours revendiqué l’influence de la Méditerranée par qui son enfance a été bercée et que l’on retrouve dans sa gestuelle coulée qui, ici, fait merveille.

Huit carrés-ch.Francesco Nappa-ph.Alice Blangero
Lorsqu’il crée Time Lapse en 2004 sur un quatuor à cordes de Bruno Mantovani, Maillot relève le défi de traduire en mouvements une partition qui n’avait pas l’ambition d’être chorégraphiée. Il en résulte une pièce très graphique dont les gestes anguleux, secs, rapides au caractère parfois martial répond à la musique expressionniste de Mantovani. Pour complexifier la pièce, Maillot y introduit des éléments insolites comme ce petit convoi de six bébés en porcelaine auquel s’ajoute l’ancien danseur Chris Roelandt dans du « senior », lui aussi emmailloté dans un lange, et qui observe les évolutions des six « jeunes » danseurs. Lointain rappel des trois âges peint par Gustav Klimt ? Qu’importe, Time Lapse possède un lyrisme sans scories.
La musique de Steps for Beasts that Never Were d’Aurélien Dumont composée en étroite collaboration avec le chorégraphe Jeroen Verbruggen, danseur pendant près de 10 ans aux Ballets de Monte-Carlo, s’inspire d’une nouvelle de Philip K. Dick, The Preserving Machine dont le propos est de dénoncer les désastres commis envers la nature et plus particulièrement envers les animaux sauvages qui disparaissent de plus en plus. Verbruggen développe le thème avec, comme à son habitude, un goût prononcé pour le baroque. L’ostinato obsédant de la musique, la scénographie, – une sculpture de chien écorché qui côtoie un tutu écartelé-, des lumières avec effets stroboscopiques et des costumes qu’on dirait faits de morceaux de chair, plongent le spectateur dans un univers d’une noirceur abyssale et semblent vouloir entraver la danse des cinq interprètes qui finissent pourtant par s’imposer.
La sérénité revient avec Kintsugi, la dernière des miniatures, une pièce de Mimoza Koike, longtemps partenaire privilégiée de Maillot. Sur la musique de Misato Mochizuki, Mimoza a invité quelques célèbres « seniors » des Ballets de Monte-Carlo à participer à sa création, et ce n’est pas le moindre des plaisirs offerts ainsi au public que celui de revoir Francesca Dolci, Annabelle Salmon, Gaetan Morlotti et, cerise sur le gâteau, l’incomparable Bernice Coppieters dont un simple mouvement de la main donne l’idée de la perfection. Dans un décor où s’additionnent les pots de plantes tombés des cintres, les interprètes, par des gestes simples et avec la totale complicité que des années de travail commun a su créer, rivalisent de dynamisme délicat induit par les sons vibrants de la partition. Kintsugi conclut ainsi cette soirée anniversaire par dix minutes d’élégance non dénuée d’humour. Un régal !
- Bernice Coppieters-Kintsugi-ch.Mimoza Koike-ph.Alice Blangero
- Kintsugi-ch.Mimoza Koike-ph.Alice Blangero
Mais les festivités autour de l’anniversaire sont loin d’être terminées et les quarante ans des Ballets de Monte Carlo connaîtront leur point d’acmé le 4 juillet 2026, lors d’une soirée surprise qui s’annonce d’ores et déjà passionnante.
Monaco, 16 avril 2026
Sonia Schoonejans



