Onéguine et la nomination de Nicoletta Manni à étoile du Théâtre alla Scala

Chorégraphie : John Cranko

Distribution : Nicoletta Manni, Roberto Bolle, Martina Arduino, Nicola Del Freo et le Corps de Ballet du Théâtre alla Scala de Milan

Musiques : Piotr Ilitch Tchaïkovski

ph.Brescia et Amisano

Le Théâtre alla Scala de Milan présente du 5 au 25 novembre le ballet de John Cranko, Onéguine.   

Il s’agit d’une œuvre qui demande une maturité artistique profonde aux interprètes des personnages principaux Onéguine, Tatiana, Olga et Lenski.

L’argument de ce chef d’œuvre est tiré du roman d’Alexandre Pouchkine, Eugène Onéguine qui raconte la tragédie psychologique du personnage central face à ses choix personnels de vie qui impactent aussi le destin des autres, notamment de Lenski.

Brièvement, le ballet raconte l’histoire d’un jeune aristocrate (Onéguine) qui séduit la jeune Tatiana pour ensuite refuser son amour. Mais il ne se limite pas à cela : il courtise la sœur de Tatiana qui est sur le point  de se marier avec Lenski. Ce dernier réagit et les deux hommes se défient dans un duel où Lenski perd la vie. Les années passent, Tatiana est devenue l’épouse du Prince Gremin et Onéguine réapparait lors d’un bal. En lui, le passé resurgit, les sentiments éprouvés par Tatiana le troublent, l’amenant à regretter ses attitudes antérieures. Mais c’est trop tard pour lui : son empressement envers Tatiana pour récupérer ses sentiments n’a pas d’issue ; cette dernière ne cède pas,  éloignant définitivement Onéguine de sa vie.

Le soir de la première au Théâtre alla Scala, le 5 novembre, le couple formé par l’étoile Roberto Bolle et la première danseuse Nicoletta Manni interprétaient les rôles d’Onéguine et de Tatiana ; les premiers danseurs Martina Arduino et Nicola Del Freo ceux d’Olga et de Lenski. Les prémisses pour une représentation d’exception étaient réunies. Et ce fut le cas. Roberto Bolle et Nicoletta Manni dansaient pour la première fois ensemble dans ce ballet, même si les deux artistes se connaissent déjà bien. On a toujours apprécié les qualités techniques de Nicolettta Manni et la profondeur de l’interprétation de Roberto Bolle dans des rôles comme Onéguine et Des Grieux dans l’Histoire de Manon. De plus, la chorégraphie de John Cranko montre toute sa sensibilité artistique, amplifiée par son goût théâtral comme Maurice Béjart l’affirma.

Dans un de ses soli du premier acte, Roberto Bolle enchante : il s’agit d’un passage introspectif où il semble présager tous les événements qui suivront. Ses gestes sont éloquents, il incarne et transmet au public son âme troublée. Concernant Nicoletta Manni à ses côtés, le ballet se déroule en crescendo. Les pas de deux dans la chambre de la jeune femme révèlent toute sa passion à travers des portés acrobatiques qui valorisent l’élan passionnel des deux amants. Elle s’abandonne à ses sentiments et la tension monte.

La lettre d’amour envoyé par Tatiana à Onéguine est déchirée par ce dernier dans les mains même de la jeune fille : le cynisme de l’homme est au zénith de sa puissance, et Roberto Bolle est impitoyable.

Martina Arduino et Nicola Del Freo-ph.Brescia et Amisano

Sans aucune retenue, il drague Olga interprétée par Martina Arduino : la danseuse est à la hauteur de son personnage, elle cède aux avances d’Onéguine, sa danse légère exprime son illusion amoureuse malgré la présence de son fiancé Lenski. Le ballet tourne au drame, le duel est fixé. Nicoletta Manni et Martina Arduino, Tatiana et Olga, se rendent sur le lieu du duel : elles avancent sur scène en marchant lourdement, implorant le renoncement à cet affrontement. Moment tragique. 

Le troisième acte, sans aucun doute remarquable, valorise les qualités et la sensibilité de Nicoletta Manni : Onéguine (Roberto Bolle) essaie de la reconquérir, il se met à genoux. La force expressive de la danse est à son sommet dans ce dernier acte : leurs corps dansants sécrètent leurs sentiments d’amour, de haine, de pardon.

Nicoletta Manni et Roberto Bolle-ph.Brescia et Amisano

Les moments de leur vie se résument ici.  C’est le temps de la vérité pour l’un comme pour l’autre, l’instant où vraiment leur destin se décide, en particulier la forte détermination de Tatiana envers un futur sans Onéguine.

Nous avons souligné le crescendo de Nicoletta Manni dans cette soirée. Surtout dans le troisième acte où elle a confirmé toutes ses qualités additionnées d’une sensibilité extrême révélant la profondeur de l’interprétation de son personnage.

Les prémisses pour une nomination au titre d’étoile, événement qui n’arrive pas souvent au Théâtre alla Scala, étaient réunies. Et le 8 novembre à l’issue de la deuxième représentation d’Onéguine, toujours aux côtés de Roberto Bolle, Dominique Meyer, sur proposition de Manuel Legris, directeur du Ballet du Théâtre alla Scala, a consacré Nicoletta Manni avec le titre d’étoile, une danseuse qui s’est toujours donnée à son art avec humilité et passion.

Dominique Meyer lors de la nomination au titre d’étoile de Nicoletta Manni-ph.Brescia et Amisano

C’est cette image qui nous avait touchés quand nous l’avons rencontré dans les coulisses à la fin de la première, le soir du 5 novembre. Son travail et son engagement ont été primés et dorénavant elle fera valoir son titre d’étoile non seulement dans l’un des plus importants théâtres italiens mais – nous l’espérons aussi – à l’international.

https://www.facebook.com/teatro.alla.scala/videos/1704967350025519

Milan, Théâtre alla Scala, 5 novembre 2023

Antonella Poli

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