Chroma, Dov’é la luna, Minus 16 : le nouveau triptyque en scène au Théâtre alla Scala

Chorégraphie : Wayne McGregor, Jean-Christophe Maillot, Ohad Naharin

Distribution : Les étoiles, les premières danseuses, le premiers danseurs du Théâtre alla Scala

Maria Celeste Losa-ph.Brescia et Amisano

Un nouveau triptyque a été à l’affiche du Théâtre alla Scala de Milan du 18 au 28 mars derniers.

Chroma, création de Wayne McGregor de 2006, est un ballet qui réunit en vingt-cinq minutes une gestuelle très précise, géométrique et qui interpelle des positions extrêmes des corps. 

La richesse des passages dansés contraste avec le décor minimaliste composé par une structure carrée qui encadre le fond de la scène.

L’œuvre est caractérisée par un langage chorégraphique clair, enrichi par des portés acrobatiques qui valorisent les interrelations entre les danseurs, confrontés à l’investissement de l’espace. Habillés de simples justaucorps recouverts de légers voiles aux couleurs pastel qui ne laissent échapper aucune ligne des corps, les interprètes évoluent dans un espace qui s’étend jusqu’au fond de la scène : ici, ils apparaissent comme des observateurs avant d’avancer sur le plateau et de danser leur propre séquence.

Ce découpage de l’espace au niveau du décor permet des jeux de perspectives et de composition, incrémentés par les trajectoires des mouvements des danseurs.  Les évolutions sont quasi toujours frontales, très vives et souvent heurtées. Chroma c’est aussi et surtout un ballet basé sur des pas de deux qui expriment une palette de rapports humains, en créant justement par métaphore, des tableaux chromatiques qui qui renvoient au titre. Chaque séquence ouvre à l’imaginaire du public des différentes manières de cohabitation, de sentir l’autre et de vivre en couple.

Nicoletta Manni et Timofej Andrijashenko- ph.Brescia et Amisano

Le spectacle capture le spectateur subjugué par la grande énergie des danseurs particulièrement intense dans le final qui rassemble tous les interprètes en exaltant leurs individualités. La première distribution où nous avons retrouvé l’étoile Nicoletta Manni avec les premières danseuses Martina Arduino et Alice Mariani et les premiers danseurs Timofej Andrijashenko, Claudio Coviello a interprété le ballet en ciblant plutôt les aspects techniques. En revanche, les danseurs de la deuxième distribution Virna Toppi, Caterina Bianchi, Camilla Cerulli, Maria Celeste Losa, Marco Agostino, Nicola Del Freo, Navrin Turnbull, Christian Fagetti ont été particulièrement aptes à mettre l’accent sur les nuances interprétatives requises par la chorégraphie.

Agnese Di Clemente et Claudio Coviello ph.Brescia et Amisano

Le deuxième ballet à l’affiche est Dov’é la luna de Jean-Christophe Maillot. Il s’agit d’un début pour le chorégraphe directeur des Ballets de Monte-Carlo.  Se comble ainsi un manque dans le répertoire de la compagnie milanaise, car il est aujourd’hui l’une des figures les plus emblématiques de l’univers de la danse.

Personnalité éclectique, il cherche à conjuguer la précision et la rigueur du langage classique avec sa vision personnelle et sensible de la danse, à la recherche d’une modernité qui laisse la place aux sentiments, à la théâtralité et à l’imaginaire.

Dov’é la luna est un ballet très poétique et délicat, auquel l’artiste est intimement lié, notamment pour des raisons personnelles, raison pour laquelle il ne l’a transmis qu’à très peu de compagnies. Le ballet a également marqué une évolution dans son vocabulaire chorégraphique en ce qui concerne l’importance du travail des bras, le rapport aux émotions et à la narration, car bien qu’il s’agît d’un ballet abstrait, il véhicule des éléments plus liés à la poésie qu’à la littérature. D’un point de vue esthétique, il révèle des qualités graphiques de pureté qui émergent sur les musiques mélancoliques pour piano d’Alexandre Scriabine. Maria Celeste Losa est sublime dans l’interprétation du rôle principal : sa silhouette, mise en valeur par la combinaison moulante conçue par Jérôme Kaplan, exprime le contraste du clair-obscur représenté par la lune. Dans son voyage intime, elle est accompagnée par l’étoile Roberto Bolle, imposant par son physique et par le premier danseur Navrin Turnbull, partenaire délicat avec un corps aux qualités en syntonie avec un langage contemporain.

Nicoletta Manni, Agnese Di Clemente, Gabriele Corrado, Ramos Ponce-ph.Brescia et Amisano

Maillot ne met pas l’accent sur la richesse des mouvements, mais plutôt sur l’élégance et sur une gestuelle essentielle, afin de laisser au corps le temps de respirer sur scène, une caractéristique que l’on retrouve souvent dans d’autres chorégraphies. Le symbole de la lune choisi pour le titre a une double signification : il représente d’une part la lumière comme espoir, mais en même temps il fait allusion au passage entre l’obscurité et le jour, ce moment où tout est suspendu.

Le spectacle s’ouvre sur un solo d’une danseuse qui étire son corps, s’allongeant vers les coulisses de la scène : elle part à la recherche d’un partenaire, d’un ami ou, pourrait-on se demander, de quelque chose d’autre de mystérieux. S’ensuivent ensuite des pas de deux et des pas de trois intimes et lyriques, sous un éclairage tamisé, où les corps s’explorent, s’effleurent délicatement et se soutiennent grâce à la tension existante entre eux. Souvent, les ports de bras prennent des formes circulaires, rappelant les différentes phases de la lune.

 On retrouve également dans ce ballet une certaine forme de tendresse qui, selon le chorégraphe, est rarement explorée dans la danse.

Le triptyque accueille aussi un autre début pour le Théâtre alla Scala, celui de Ohad Naharin, avec l’un de ses ballets les plus représentés, Miinus 16. Débordant d’énergie, l‘œuvre a conquis le public, d’autant plus que des spectateurs, choisis par hasard par les danseurs professionnels, sont appelés à monter sur scène. Les professionnels s’amalgament avec eux et la joie de danser explose, entrainant toute la salle !   

Milan, Théâtre alla Scala, 18 et 22 mars 2026

Antonella Poli   

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