Ballet de l’Opéra de Paris : Roméo et Juliette de Rudolf Noureev
Chorégraphie : Rudolf Noureev
Distribution : Les étoiles, les premières danseuses, les premiers danseurs et le Corps de Ballet de l'Opéra de Paris
Musiques : Sergueï Prokofiev

Lorenzo Lelli et Roxane Stojanov-ph.Maria Helena Buckley
Le drame de deux amants de Vérone, dans la version élaborée et somptueuse de Rudolf Noureev, créée pour l’Opéra de Paris en 1984, manquait sur les scènes de l’Opéra Bastille depuis 2022. Les représentations marquaient le retour sur scène des danseurs après la période du confinement dû à la Covid -19.
Le ballet
La chorégraphie est riche en valorisant l’évolution tragique de l’histoire des deux protagonistes principaux. De plus, la musique de Prokofiev s’intègre parfaitement au ballet grâce à ses sonorités, ses contrastes et ses dissonances qui soulignent la dramaturgie de l’argument et acquièrent une valeur narrative.
Le thème lyrique orchestral, aux notes mélancoliques qui se répètent tout au long du ballet dès l’ouverture du rideau, est très sentimental et synthétise la fin tragique de Roméo et Juliette.
Les différents tableaux sont souvent animés par la foule véronaise. La rivalité existante entre les familles est bien caractérisée, en opposant une légèreté apparente des Montaigu à l’attitude plus aristocratique et sévère des Capulets.
Les protagonistes de la soirée sont l’étoile Roxane Stojanov et le jeune sujet Lorenzo Lelli, promesse du Ballet de l’Opéra de Paris.
Dès la première variation, le danseur s’est imposé avec une belle technique et son allure. Ses arabesques et ses ports de bras fendent l’espace. Il n’est alors qu’un jeune homme naïf qui aime séduire les jeunes filles, notamment la gracieuse Rosaline (Inès McIntosh) et s’en amuser avec ses copains.
- Lorenzo Lelli-ph.Maria Helena Buckley
- Lorenzo Lelli-ph.Maria Helena Buckley
La métamorphose commence lors de la rencontre avec Juliette pendant un bal où Roméo se rend masqué, incité par ses amis. Le contact est magique, les deux danseurs principaux s’entraînent dans un pas de deux où la technique du ballet est dépassée par leur intense interprétation. L’alchimie entre les deux artistes fonctionne à la perfection. Quelle prise de rôle pour les deux artistes ! Sous la houlette de Manuel Legris, qui les a coachés, ils maitrisent leur rôle.
La célèbre scène du balcon consacre leur promesse d’amour, dansée avec fluidité et avec la fraîcheur de leur jeune âge.
Puis des scènes impressionnantes se succèdent : la mort de Mercutio, fidèle ami de Roméo (Antoine Kirschner), qui a assuré son rôle par sa vivacité, et celle de Tybalt (Nicola De Vico), le frère de Juliette, vengée par Roméo.
A partir de ce moment, le ballet prend sa tournure dramatique car ces deux meurtres touchent les consciences de Roméo et de Juliette, confrontés à la haine qui anime les deux familles.
- Roxane Stojanov et Lorenzo Lelli-ph.Maria Helena Buckley
- Roxane Stojanov et Lorenzo Lelli-ph.Maria Helena Buckley
Et c’est cette prise de conscience qui leur pousse à faire vivre, malgré tout, leur amour. Pour protéger ses sentiments, Juliette, déjà destinée à se marier avec un jeune noble, accepte de s’endormir avec un somnifère, jusqu’à simuler sa mort…
Roxane Stojanov est une Juliette très ferme imposant sa décision. Le moment est solennel, la chambre mortuaire emphatisée par la scénographie induit en erreur Roméo. Il essaie de faire revivre Juliette encore endormie avec un pas deux où l’amour (la vie) est confrontée à la mort.
L’interprétation de Lorenzo Lelli est saisissante, essayant de ramener à la vie son amante.
Les deux corps s’enroulent au sol, il l’embrasse fougueusement, cherchant à réactiver l’élan vital.
Face à l’inertie de Juliette, Roméo se poignarde. Rudolf Noureev rend les instants successifs poignants : le drame s’accomplit, Juliette se réveille et en découvrant le corps de Roméo, elle se tue, désespérée.
Ce ballet laisse un message profond : faut-il en arriver à des événements meurtriers pour que des clans opposés se réconcilient, comme cela se produit dans le final de l’œuvre ? Cette ancienne tragédie de Shakespeare nous parle encore aujourd’hui, au travers des corps capables d’exprimer toutes les facettes des émotions et des sentiments qu’elle contient.
Paris, Opéra Bastille, 9 avril 2026
Antonella Poli



