Montpellier Danse 2026 : Cinq jours au soleil d’Emanuel Gat ouvre le festival

Chorégraphie : Emmanuel Gat

Musiques : Gustav Mahler

ph.Julia Gat

La quarante-sixième édition de Montpellier Danse a débuté par une somptueuse création mondiale d’Emanuel Gat. Le chorégraphe est un habitué de ce festival, et sa présence prouve que le quatuor composé par Jann Gallois, Dominique Hervieu, Hofesch Shechter et Pierre Martinez, ayant pris la succession de l’ancien directeur charismatique Jean-Paul Montanari, s’inscrit dans une fidélité jamais trahie.

Installé dorénavant à Marseille, c’est avec une toute nouvelle compagnie de douze danseurs et sur la Symphonie n. 5 de Gustav Mahler que Gat a conçu Cinq jours au soleil.

De l’osmose avec la musique à la création de la « cité idéale »

Après avoir écouté plus d’une cinquantaine de versions, il a choisi celle de Leonard Bernstein enregistrée en 1987, le chef d’orchestre et compositeur avec lequel Gat se sent depuis longtemps une affinité particulière. Si Bernstein allonge la partition de quelques minutes, accentue les différentes émotions passant des accents funèbres du Trauermarsch à un Rondo Finale presqu’euphorique, la complicité entre la musique et la chorégraphie reste totale et jamais, la première ne vient écraser la seconde.

Une suite de cinq tableaux, chacun séparé par un baisser de rideau, accompagne les cinq mouvements de la Symphonie. Pas de narration réelle, même si la vie de Mahler au moment de la composition de sa cinquième Symphonie le permettait (il frôle la mort et rencontre Alma, sa future épouse) mais plutôt une connivence dynamique avec la musique et une densité dramaturgique qui s’installe dès la première image du spectacle. Après les notes de la trompette qui inaugurent la Symphonie, le rideau s’ouvre sur un plateau dépouillé où seuls des éclairages soignés, eux aussi créés par le chorégraphe, viennent éclairer un fond de scène brumeux comme les ciels peints par Caspar David Friedrich ou Arnold Bocklin.

Un personnage, puis deux, puis trois, puis un groupe viennent occuper la scène avant de se fondre dans la brume lointaine. Leurs mouvements lents, hiératiques et les longs voiles de soie beige légers, transparents qui bouillonnent autour de leur corps lorsque ceux-ci bougent, évoquent un monde lointain, une communauté antique.

ph.Julia Gat

Au deuxième tableau, le très beau solo d’un jeune homme aux cheveux noirs bouclés, revêtu d’une courte tunique qui le rend semblable à un Joseph en Egypte ou à toute autre figure biblique, nous transporte encore plus loin dans le temps. Et la danse se développe, tournoyante, vibrante, plus vivante que jamais.

ph.Julia Gat

Les tableaux suivants voient se succéder danses de groupe et solos ; ces derniers se détachant de l’ensemble comme pour permettre au public de mieux connaître les interprètes car la tessiture organique du spectacle est faite de personnalités qui, au sein d’une solide architecture chorégraphique préalablement construite, trouvent leur espace de liberté. Les danseurs, liés entre eux par l’écoute et le regard, forment corps et partagent une connivence complice dans une performance jamais exactement la même d’un soir à l’autre. Il y a même une séquence, entre deux tableaux, durant laquelle les danseurs, sur le devant de la scène, improvisent complètement pendant dix minutes, accompagnés par des chants d’oiseaux et des rires d’enfants qui font penser aux « jours frais » d’Arthur Rimbaud.

Pour obtenir cette « cité idéale » où contrainte et liberté s’épousent allègrement, Gat a suivi son habituel processus de création qui implique une autorité décentrée et ouverte, responsabilisant ainsi les interprètes. Une fois définies les règles du jeu, les danseurs peuvent faire des choix, individuels ou collectifs, « un peu comme dans le foot » précise le chorégraphe. Ce qui donne aux danseurs qui connaissent les conditions initiales, toute latitude de s’exprimer. Une façon de travailler qui relève aussi d’une forme de relation harmonieuse et équitable entre les êtres. Cet art de la vie en commun ne serait-il pas au fond une préfiguration d’un monde apaisé ? Quand l’art rejoint la Politique !!

Après deux représentations à Montpellier Danse, Cinq journées au soleil part pour une longue tournée qui débute avec la Biennale de Venise dès le 17 juillet.

Montpellier, Opéra Berlioz – Corum, 21 juin 2026

Sonia Schoonejans

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