La puissance et la douceur de Imminentes, la nouvelle création de Jann Gallois pour Montpellier Danse

Chorégraphie : Jann Gallois

Musiques : Patrick Da Oliveira

ph.Laurent Philippe

Jann Gallois, chorégraphe qui compose le quatuor à la direction du festival Montpellier Danse avec Dominique Hervieu, Hofesch Shechter et Pierre Martinez, a présenté sa nouvelle création, Imminentes.

Dans ses treize œuvres précédentes, l’artiste avait souvent développé des chorégraphies traversées par une quête spirituelle, nourrie notamment par sa pratique du bouddhisme. Des pièces comme Ineffable  ou Samsara en témoignent.

Avec Imminentes, elle s’oriente vers une danse qui explore les dimensions les plus sensibles du corps tout en célébrant sa force. L’inspiration est née de la lecture de La Puissance de la douceur, de la philosophe Anne Dufourmantelle, un ouvrage qui a profondément marqué la chorégraphe. Il ne s’agit toutefois pas d’une transposition scénique du livre, mais d’une création qui cherche à transmettre les émotions suscitées par cette lecture.

La première partie de la pièce met en avant la dimension sensible du geste et de l’être humain. Les danseuses se tournent les unes vers les autres dans une succession d’images poétiques qui célèbrent le toucher et la relation entre le senti et le sentant, si chère au philosophe Maurice Merleau-Ponty. Têtes inclinées, épaules appuyées les unes contre les autres, mains effleurant délicatement les visages : autant de gestes qui traduisent le désir de « sentir » l’autre, d’entrer en communion et d’ouvrir un dialogue. Deux autres séquences se distinguent particulièrement. Dans la première, les interprètes s’entremêlent avant de se libérer progressivement, évoquant symboliquement la capacité à surmonter les épreuves. Dans la seconde, les six danseuses s’abandonnent à une gestuelle en apesanteur, dessinant des formes harmonieuses qui donnent l’impression de ne faire qu’un seul corps.

ph.Laurent Philippe

Comme l’a souligné Jann Gallois, cette première partie a été conçue en étroite collaboration avec les interprètes afin de trouver les gestes les plus justes pour incarner leur relation et leur complicité.

Le registre change radicalement dans la seconde partie. Une véritable métamorphose s’opère : l’échange sensible s’extériorise avec force. Les danseuses deviennent des guerrières portées par une énergie puissante. Le collectif laisse place à une expression plus individuelle, où chacune affirme sa présence, lance son propre cri et revendique son existence. Contrairement aux séquences précédentes, cette partie se distingue par une écriture chorégraphique plus rigoureuse. Une énergie saisissante traverse les corps : bras projetés avec vigueur, bustes en mouvement permanent, visages intensément concentrés. La musique de Patrick da Oliveira accompagne et amplifie cette montée en puissance.

La pièce s’achève dans un retour au calme. Les six danseuses se retrouvent enfin dans une forme d’apaisement, comme réconciliées après cette traversée. Une création sensible et puissante, qui confirme une nouvelle fois le talent de Jann Gallois.

Montpellier, Théâtre de l’Agora, 26 juin 2026

Antonella Poli

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